Dans deux interviews avant son retour à Kinshasa, Fayulu contre la tenue des élections le 23 décembre 2018

  • Il prétend être «la personne qui a le plus étudié le fichier électoral, qui, dans le cadre de concertation avec la CENI (Commission électorale indépendante) a brandi le texte de la loi électorale et fait valoir le fait que le recours au vote électronique n’était pas prévu par le document. Dans le calendrier électoral, le recours à la machine à voter n’existe pas»…
  • Dommage pour lui. L’article 237 ter qu’il évoque est clair : le vote électronique ne s’applique pas aux arriérés électoraux, à savoir les élections urbaines, municipales et locales. C’est dans les lois électorales n°11/003 du 25 juin 2011 et n°15/001 du 12 janvier 2015, la formulation de celle-ci étant reprise dans la loi électorale n°17/013 du 24 décembre 2017…

La première interview, accordée à Hubert Leclerq du journal belge «La Libre», est intitulée «Bain de foule et lacrymogène pour Fayulu de retour à Kinshasa». Elle a été publiée le 21 novembre 2018. La seconde, à la chaîne allemande «Dw», l’a été le même jour sous le titre «Martin Fayulu : ‘Je suis le candidat légitime de l’opposition’». Les deux prestations sont passées inaperçues en raison de l’abondance de l’actualité. «La Libre» a manifestement cherché à donner à la sienne une certaine visibilité. D’où la mise en exergue du fameux bain de foule (la police parle d’une mobilisation de 2.800 partisans) et du non moins fameux gazage au lacrymogène. D’ailleurs, il s’est observé dans les chaînes de télévision étrangères couvrant la RDCongo (TV5, Africa 24, France 24 et Africanews) la diffusion des vidéos sans la moindre image en plongée. En plus, l’info censée faire l’actualité africaine pour un retour voulu événementiel a rapidement été remplacée par d’autres infos, plus attrayantes. Résultat : Martin Fayulu apprend à ses dépens que les promesses de Genève, reçues des présidentiables invalidés comme Katumbi, Bemba et Muzito, sont tout, sauf des acquis…

            Ces promesses, s’agissant de ses chances de l’emporter, il les décline personnellement en des termes plutôt «ethno-tribaux» que nationaux : «…Je suis originaire du Bandundu mais je vis à Kinshasa et avec les gens du Congo central, nous formons le même peuple, soit plus de dix millions 700.000 électeurs. Dans l’Equateur Jean- Pierre Bemba me soutient donc tout l’Ouest m’est gagné et à Kinshasa, c’est Eve Bazaiba du MLC qui va faire campagne pour m’accueillir tandis que Moïse Katumbi mobilise le Katanga en ma faveur. Quant au Kivu, Vital Kamerhe est, certes, populaire à Bukavu, chez les Bashi, mais dans le Nord du Kivu, le patron c’est Mbusa Nyamwisi et il me soutient. Quant au Kasaï, il est divisé…Les gens ne sont pas idiots : ils savent que le changement, c’est Fayulu…». (Ndlr : pour Bazaïba, il faut plutôt lire Kisangani). 

            Oui, ces propos sont d’un candidat à la magistrature suprême de son propre pays. Les laisser exprimer par des proches n’a rien de discriminatoire, mais le faire soi même l’est. 

Déjà, en versant tous les Bashidans le camp de Vital Kamerhe, Martin Fayulu a conscience du rejet de toute une communauté tribale. Exactement comme le fit Etienne Tshisekedi dans une interview à Colette Braeckman le 30 novembre 2011 lorsqu’il déclara : «Les voix récoltées par Kamerhe au Kivu, cela ne me concerne pas. Avant-hier, il est venu ici et j’ai refusé de le recevoir… Cela ne me dit rien…».   

Croisons les doigts pour qu’aucun autre candidat ne reprenne pareil discours à son compte, car ce sera la preuve qu’on mise sur certaines communautés et non sur d’autres.Un candidat à la présidentielle ne divise le peuple… 

Encore l’article 64…

            S’agissant du scrutin du 23 décembre 2018, Martin Fayulu déclare au journal belge «La Libre» : «Contrairement à ce que l’on a pu croire, je répète que nous voulons aller aux élections, nous y sommes prêts. Mais nous voulons des élections crédibles, transparentes, apaisées, sans machine à voter, sans fichier électoral corrompu…Nous voulons aussi des témoins, des observateurs internationaux».

            A la question «Si vous récusez la machine à voter, cela signifie-t-il, presque automatiquement, que vous acceptez un report des élections puisque sans l’imprimante électronique, les délais prévus ne pourront plus être respectés ?», il répond : «Comprenez moi bien : je veux les élections le 23 décembre prochain, mais avec des bulletins papier…».

            Sur la machine à voter, outre l’aspect juridique, il fonde sa méfiance sur l’aspect technique. «Il faut aussi savoir que l’imprimante est thermiqueet qu’au bout de quelques jours, sinon de quelques heures, tout ce qui se trouvera sur le papier sera effacé, ce qui empêchera d‘éventuels recomptages… Les bulletins seront comme un papier fax qui resterait au soleil». Or, la délégation de la Sadc n’a pas vécu cet exploit !

            Au sujet de la machine à voter, il déclare à «Dw» : «Nous, nous disons oui pour des élections le 23 décembre 2018 conformément à la loi électorale, conformément au calendrier de la CENI, c’est-à-dire avec bulletin papier, c’est tout ce que nous voulons».

            Bien entendu, le candidat Martin Fayulu a donné à «La Libre» sa position en cas de non tenue des élections à la date du 23 décembre 2018. «…S’il n’y a pas d’élection, la CENI sera fautive et devra se dédire, démissionner, et il y aura alors une transition sans Kabila. Il n’y aura pas 36 solutions : le président de la CENI, que je soupçonne de préparer un ‘chaos électoral’, portera toute la responsabilité de ce qui pourrait survenir…», dit-il.

            Et en cas de non respect de la loi électorale, c’est-à-dire dans son entendement le maintien de la machine à voter et du fichier électoral, il déclare à «Dw» : «Lamuka est avec le peuple et le peuple congolais décidera. Le peuple congolais sait qu’il a un agenda, un calendrier, et ce calendrier dit que les élections auront lieu le 23 et le peuple a l’article 64 à sa disposition et il agira en conséquence».

            Pour rappel, l’article 64 comprend deux alinéas. Le premier, auquel l’Opposition radicale et la Société civile alliée fait allusion, est ainsi libellé : «Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution». Le second, auquel ni l’une ni l’autre ne font allusion, est ainsi libellé : «Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’Etat. Elle est punie conformément à la loi».

            Au sujet du Président de la République en tant qu’Institution (personne morale) et non en tant que personne physique, la même Constitution dispose à son article 70 que «Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. A la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu». Martin Fayulu est censé le savoir, surtout maintenant qu’il est candidat à la présidentielle. 

C’est l’instruction reçue de Genève

            Quelle déduction tirer de ces deux interviews rejoignant dans la forme comme dans le fond toutes les autres déclarations de cet acteur politique faites au nom soit de l’Ecidé(son parti) ou de «Sauvons le Congo» et «Dynamique de l’Opposition»  (ses plateformes politiques) ? 

            Depuis 2015, l’homme s’est confortablement installé dans le schéma de la contestation systématiqueet systémiquedu processus électoral. Il n’a jamais été d’accord sur quoi que ce soit. Il fut d’ailleurs l’un des principaux meneurs de la fronde contre le calendrier électoral publié cette année-là. 

Fin 2015 et au cours de toute l’année 2016, il s’est radicalement opposé à tout dialogue, même celui recommandé par le Conseil de sécurité de l’Onu avec la facilitation de l’Union africaine. A peine il s’est résigné aux négociations du Centre interdiocésain sous les auspices de la Cenco. Depuis, il s’oppose au fichier électoral dont la refonte totale a pourtant été décidée par les parties prenantes à l’Accord de la Saint Sylvestre.

            Qu’il se soit souvenu, une année après l’annonce de l’utilisation de la machine à voter, de l’article 237 ter de la loi électorale interdisant le vote électronique pour les élections en cours, est bien la mauvaise interprétation délibérée de cette disposition qui s’applique uniquement et exclusivement aux urbaines, aux municipales et aux locales, et non à la présidentielle, aux législatives et provinciales. 

            Dès lors qu’un législateur a du mal à interpréter une si petit disposition légale, comment serait-il capable de s’en sortir avec de plus grandes, à l’instar des articles 70 pour le Président de la République, 103 pour le Député national, 105 pour le Sénateur et 197 pour le Député provincial ?

            En réalité, Martin Fayulu a cru et continue de croire dans le schéma burkinabé d’un certain 30 octobre 2014. Du reste, de tous les acteurs politiques Congolais, il est le premier à s’en faire l’apôtre. A preuve, le 19 septembre 2016, pendant que Kinshasa était à feu et à sang, il déclarait à Jeune Afrique : «Déjà, à partir du 20 septembre, nous ne reconnaîtrons plus les membres de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) parce qu’ils ont montré qu’ils étaient incompétents, sinon des partisans et inféodés à Kabila…», avant d’ajouter : «Nous n’allons pas laisser Kabila s’éterniser au pouvoir. Le peuple congolais veut emboîter le pas au peuple burkinabéqui s’est libéré des affres de Blaise Compaoré». D’où son adhésion d’abord au schéma «Régime spécial» à partir du 20 décembre 2016, ensuite au schéma «Transition Sans Kabila» depuis 2017. 

Serait-on naïf au point de croire qu’un tel personnage soit effectivement pour les élections au 23 décembre 2018 ? Le bon sens ordonne de dire NON !

            Aussi, machine à voter ou pas, fichier électoral ou pas, Martin Fayulu est dans la logique de faire échec à tout processus électoral ayant parmi les protagonistes Joseph Kabila et sa famille politique.

            C’est l’instruction reçue de Genève…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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