Sous le prétexte du fichier électoral et de la machine à voter : la contestation post-électorale est bien planifiée !

Photos Bernard Demoulin : Declaration elections RDC Bruxelles
  • Les appels fréquents des Opposants en direction de la communauté internationale (en réalité des Occidentaux) pour s’immiscer dans la gestion du processus électoral traduisent la volonté d’entretenir la contestation avant, pendant et après le 23 décembre 2018…
  • A dire vrai, l’Opposition est et reste dans son schéma de «Transition Sans Kabila». De ce fait, tout schéma de nature à maintenir Joseph Kabila et sa famille politique par la voie électorale n’entre pas dans sa logique…

Personne d’honnête ne peut remettre en cause la mobilisation forte que Martin Fayulu est en train de réussir à chacune des étapes de sa campagne. Sa cartographie électorale, décrite dans l’interview accordée le 18 novembre 2018 à Colette Braeckman, est comme en train de se réaliser. «Je suis originaire du Bandundu mais je vis à Kinshasa et avec les gens du Congo central, nous formons le même peuple, soit plus de dix millions 700.000 électeurs. Dans l’Equateur Jean-Pierre Bemba me soutient donc tout l’Ouest m’est gagné et à Kinshasa c’est Eve Bazaiba du MLC qui va faire campagne pour m’accueillir tandis que Moïse Katumbi mobilise le Katanga en ma faveur. Quant au Kivu, Vital Kamerhe est, certes, populaire à Bukavu, chez les Bashi, mais dans le Nord du Kivu, le patron c’est Mbusa Nyamwisi et il me soutient. Quant au Kasaï, il est divisé…Les gens ne sont pas idiots : ils savent que le changement, c’est Fayulu…», dit-il. A propos d’Eve Bazaïba, il s’agit certainement de Kisangani. Notons en plus l’absence du Maniema dans cette cartographie. Pour sa part, Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi, Fatshi pour les intimes, candidat de «Cash», a avoué le dimanche 9 décembre 2018 les difficultés d’assurer la logistique nécessaire à la campagne. «Nous dépendons un tout petit peu des contribuables. Nous n’avons ni les moyens de l’Etat ni les moyens de faire une campagne à l’américaine. Nous utilisons les moyens à votre disposition», a-t-il déclaré à Top Congo Fm. En un mot : sa coalition est essoufflée…

            On se retrouve alors devant une Opposition en position extrêmement délicate. 

L’une – la plus forte financièrement, matériellement et médiatiquement – draine du beau monde avec cependant une grosse épine dans la plante du pied : sa non participation aux élections du 23 décembre 2018. Motif évoqué : fichierélectoral corrompuet machine à voter illégale. Elle pour leader Martin Fayulu.

L’autre – la moins forte financièrement et matériellement – peine à poursuivre sa campagne. En une dizaine de jours, elle a du mal à couvrir trois provinces. Elle a pour leader Félix A.T. Tshisekedi

A la différence cependant de la première, la seconde a l’avantage de mobiliser son électorat pour les scrutins, machine à voter ou pas. «Il ne faut surtout pas commettre l’erreur de ne pas aller voter ou de suivre les instructions de ceux qui demandent de falsifier le vote en écrivant un numéro au stylo. Ces bulletins seront nuls. Ce serait ouvrir la voie au camp de Kabila et à Shadary. Votez avec la machine. Protégez les témoins, attendez jusqu’à l’affichage des résultats. C’est ainsi que nous pouvons être à l’abri des manipulations», a encore prévenu Fatshi à l’étape de Bunia le dimanche 9 décembre 2018. 

Qu’il y ait alors présence ou non des observateurs «internationaux» (lisez occidentaux), qu’il y ait témoins ou pas, la certitude à s’établir est que c’est l’aile Cash de l’Opposition qui aura pour challenger dans les urnes le Fcc. La compétition électorale du 23 décembre 2018 mettra aux prises pour la présidentielle deux candidats en pole position : Fatshipour l’Opposition et Shadarypour la Majorité.

En raison du rejet du fichier électoral et de la machine à voter, l’aile Lamuka de l’Opposition n’aura qu’à se satisfaire des effets du boycott dont, probablement, la participation amoindrie de l’électorat, c’est-à-dire un faible taux de participation.

Or, aucune disposition légale, et surtout constitutionnelle ne prévoit la disqualification du scrutin en cas de taux de participation inférieur à la moyenne qui serait, par exemple, de 20 millions d’électeurs.

Et si la Céni a raison ?

            Prévisible puisque planifiée, la contestation post-électorale relancera sans doute le débat notamment sur la machine à voter. 

Ce qui est un peu gênant dans ce débat, c’est le silencede la la Céni, visiblement fatiguée de recevoir des coups gratuits. Pourtant, il est lui est facile de démontrer les évidences en sa faveur à partir des questions et des observations ci-dessous :

– primo, est-ce que la machine à voter est-il un vote électronique ? Réponse de la Céni : NON. Réponse de l’Opposition/Lamuka :OUI !Observation de www.congo30juin.comLa machine à voter n’est pas un vote électronique dès lors qu’il est prévu un bulletin-papier et une urne. Or, le vote électronique ne s’opère ni avec l’un, ni avec l’autre»

– secundo, est-ce que la loi électorale prévoit-elle le mode de vote électronique ? Réponse de la Céni : OUI. L’Opposition/Lamuka s’abstient de s’y prononcer. Observation de www.congo30juin.comla loi électorale prévoit le mode électronique. C’est à l’alinéa 1 de l’article 47 ainsi libellé : ‘Le vote s’effectue soit au moyen d’un bulletin papier soit par voie électronique’».

– tertio, est-ce que le mode de vote électronique requiert-il un consensus politique ? Réponse de la Céni :NON. Réponse de l’Opposition/Lamuka : OUIObservation de www.congo30juin.comla loi électorale dit du mode de vote électronique à l’alinéa 2 de l’article 55 : ‘En cas de vote électronique, les formalités sont fixées par une DECISIONde la Commission électorale nationale indépendante’»

– quarto, est-ce que la machine à voter est-elle prévue dans le calendrier électoral ? Réponse de la Céni : OUI. Réponse de l’Opposition/Lamuka : NONObservation de www.congo30juin.com:selon la Céni dans sa réponse n°37 à l’Udps, «La machine à voter fait partie du matériel d’un bureau de vote, au même titre que les isoloirs, les urnes, les stylos, l’encre indélébile et les calculatrices. Elle n’est pas un élément isolé du calendrier électoral, lequel constitue un ensemble des tâches planifiées par la CENI en vue de l’organisation des scrutins combinés prévus le 23 décembre 2018».

            Comme on peut s’en rendre compte, la Céni a des arguments éloquents que Lamuka n’a pas.

Prétexte pour boycotter des élections et justifier la contestation post-électorale

            L’Opposition/Lamuka a attendu quasiment une année(septembre 2017 avec l’annonce de l’utilisation de la machine à voter et septembre 2018 avec la contestation de sa légalité) pour brandir l’article 237 ter de la loi électorale. 

            Un petit effort intellectuel honnête permet de recadrer cet article dans sa lettre et dans son esprit. 

            En effet, l’article 237 ter a été évoqué pour la première foisdans la loi électorale n°11/003 du 25 juin 2011 modifiant la loi n°06/006 du 9 mars 2006 portant organisation des élections présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales. Voici son libellé : «Le mode de vote électronique ne peut être appliqué pour les élections de  2011-2013».

            L’article 237 ter a été évoqué pour la deuxième foisdans la loi n°15/001 du 12 février 2015. Voici son libellé clarifié : «Le mode de vote électronique ne peut être appliqué pour les élections en cours. Les dispositions des articles 12 alinéa 4, 145 alinéa 3, 146, 192 alinéa 1er et 208 alinéa 1er ne s’appliquent pas aux scrutins électoraux des cycles 2006 et 2011 non encore organisés».

L’article 237 ter a été évoqué pour la troisième foisdans la loi n°17/013 du 24 décembre 2017 dans le texte semblable.

L’honnêteté commande de le reconnaître : comme en 2015 et en 2011, le vote électronique ne s’applique pas aux arriérés électoraux que sont les élections urbaines, municipales et locales non organisées en 2006 ni en 2011. Normal : ce mode de vote n’a pas été utilisé pour les élections organisées en 2006 (présidentielle, législatives et provinciales) ainsi qu’en 2011 (présidentielle et législatives). 

Il va de soi qu’aux élections de 2016 reportées à 2017 puis à 2018, la Céni a le droit de changer de mode de vote (article 55 de la loi électorale) sans se référer à qui que ce soit. Or, elle est formelle : la machine à voter n’est pas un vote électronique dès lors qu’interviennent le bulletin papier et l’urne. 

D’ailleurs, si l’Opposition/Lamuka considère qu’il s’agit d’un mode de vote électronique, elle donne amplement raison à la Céni disposée à lui brandir l’alinéa 1 de l’article 47 et l’alinéa 2 de l’article 55. 

Aussi, le rejet de la machine à voter de sa part est juste un prétexte pour boycotter les élections et justifier la contestation post-électorale programmée.

De Bruxelles à Washington, de Paris à New York, de Pretoria à Genève, on le sait ! Libre à ces puissances d’organiser l’expédition «militaire» à laquelle l’Opposition/Lamuka l’appelle, mais le fameux article 64 a aussi son alinéa 2 selon lequel «Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’Etat. Elle est punie conformément à la loi». Ce qui veut dire que tôt ou tard, il se trouvera un Congolais ou une Congolaise pour saisir des instances congolaises, étrangères ou internationales et réclamer l’application de la loi, l’époque des Bob Denard et Jean Scram. 

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.comFacebook : Omer Nsongo

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