INVITÉ AFRIQUE RFI. Néhémie Mwilanya Wilondja : «Il n’est pas exclu que Joseph Kabila brigue un nouveau mandat»

Par Christophe Boisbouvier Diffusion : mercredi 19 décembre 2018

Au Congo-Kinshasa, la présidentielle, c’est dimanche prochain. Joseph Kabila va céder son fauteuil, mais compte bien faire élire son dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary. Le président sortant ne craint-il pas l’opposition, qui rassemble des foules ? Si son dauphin est élu, essaiera-t-il de revenir en 2023 ? Et si l’opposition gagne, acceptera-t-il le verdict des urnes ? Néhémie Mwilanya est à la fois le directeur de cabinet du président Kabila et le coordonnateur du FCC, la plate-forme du candidat Ramazani Shadary. En ligne de Baraka, au Sud-Kivu, il répond aux questions de RFI.

RFI : Sur le plan logistique, des milliers de machines à voter ont été détruites dans l’incendie du 13 décembre dernier à Kinshasa. Est-ce qu’on ne va pas vers un report technique du jour de vote ?

Néhémie Mwilanya: Nous, nous sommes une partie au processus électoral et nous avons un pouvoir organisateur des élections qui est la Céni. Nous nous en tenons jusque-là aux assurances qui sont données par celle-ci. La Céni a donné des assurances qu’elle avait un stock supplémentaire qui pouvait suppléer au stock qui a été détruit. Et pourquoi le matériel de la Céni devait-il être pris pour cible ? Je crois que c’est encore une fois, très clairement, une volonté affichée par ceux qui n’ont jamais voulu des élections dans ce pays, ceux qui ne s’y sont pas préparés, de mettre un terme à ce processus de manière à ce qu’ils continuent leur logique de chercher à prendre le pouvoir par la force.

Mais, maintenant que le candidat Martin Fayulu accepte sous certaines conditions la machine à voter, est-ce que vous ne craignez pas que l’opposition fasse le plein des voix de ses partisans et que le candidat Ramazani Shadary ne se retrouve isolé ?

Je voudrais d’abord rappeler que Martin Fayulu n’a aucune autonomie. Martin Fayulu a été fabriqué dans les laboratoires de Genève. Et vous savez toutes les contradictions qui ont été générées par le processus de Genève. Alors, que l’opposition puisse faire le plein de voix, elle le ferait comment ? Nous sommes dans une élection à un tour et vous savez que cette opposition est complètement divisée, mais tout ça, ça ne nous concerne pas. Vous m’interrogez à partir de Baraka, du territoire de Fizi, qui est le sud du Sud-Kivu. Nous, nous ne battons pas campagne dans les chefs-lieux seulement.

Mais, tout de même, au vu de la grande foule que Martin Fayulu, par exemple, a mobilisée à Mbandaka, dans l’Equateur, il y a quelques jours, est-ce que vous pouvez toujours le traiter de «souris naine» ?

Je ne suis pas de cette école, mais je voudrais seulement vous dire que si vous voulez parler en termes de foule, notre candidat est champion de foule, je crois. Je crois que là où Matin [Fayulu] est passé, il a fait le tiers de ce que notre candidat fait. Et nous ne nous arrêtons pas à des scènes de spectacle dans des chefs-lieux, nous descendons dans les fins fonds de ce pays, où se trouve la majorité de l’électorat.

Vous ne craignez pas, monsieur le directeur, que l’opposition ne rassemble un maximum de suffrages dans les nombreuses provinces, comme celles du Katanga par exemple, où Moïse Katumbi appelle à voter Martin Fayulu, ou celles du Kasaï, où Félix Tshisekedi est dans son fief ?

Vous parlez du Kasaï, aujourd’hui [ce mardi 18 décembre], notre candidat est arrivé à Kananga, c’est le Kasaï. Et tout à l’heure, vous avez parlé de foule, je crois qu’aujourd’hui, dans le «fief même de Tshisekedi», comme vous dites, vous pouvez faire le décompte. Cette opposition ne peut pas gagner les élections dans ce pays pour des raisons tout à fait objectives : [cette opposition] n’a pas fait enrôler ses militants, n’a pas mobilisé l’électorat au moment où il le fallait, et elle n’a pas de discours. Son seul discours était : «Kabila doit partir». Kabila a respecté la Constitution, l’alternance est en vue, mais elle ne sera pas au profit de cette opposition, parce qu’elle ne s’y est pas préparée.

Dans ses dernières interviews, le président Kabila laisse entendre qu’il se représentera dans cinq ans, en 2023. Est-ce à dire que, s’il est élu dimanche prochain, Emmanuel Ramazani Shadary cédera sa place dans cinq ans ?

C’est de la cuisine interne. Vous savez qu’Emmanuel Ramazani Shadary, notre candidat, fait partie d’une famille politique, c’est le Front commun pour le Congo. Vous savez qu’il a été désigné pour briguer la magistrature suprême pour un mandat. Et donc c’est tout à fait normal qu’à la fin du mandat, il y aura une évaluation. Et il n’est pas exclu que notre chef de file, notre leader naturel, Joseph Kabila, puisse effectivement briguer un nouveau mandat, puisque la Constitution ne le lui interdit pas, mais ce n’est pas le sujet pour l’instant.

Une sorte de scénario Poutine-Medvedev ?

Je ne vous le fais pas dire, mais je pense que nous, nous prenons nos décisions selon le fonctionnement interne de notre famille politique.

Peut-on dire, dans « votre cuisine interne », comme vous dites, que si Emmanuel Ramazani Shadary est élu, il gérera les affaires courantes et l’économie et que le sénateur Kabila continuera à gérer les dossiers politiques et sécuritaires ?

Emmanuel Ramazani Shadary, élu président de la République, va exercer la plénitude de la fonction présidentielle. Rassurez-vous. S’il a pris la décision de respecter la Constitution aujourd’hui pour ne pas se représenter pour un troisième mandat, rassurez-vous que le président Kabila respectera aussi la Constitution, en ce qui concerne les prérogatives exercées par son successeur.

Et si c’est Martin Fayulu ou Félix Tshisekedi qui gagne, est-ce que Joseph Kabila est prêt à transmettre le pouvoir au vainqueur de l’élection de dimanche prochain ?

Si c’est par miracle, pourquoi pas. Parce que, dans ce cas-là, ça ne serait que par miracle. Donc, si par miracle, c’était le cas, c’est lui qui a installé la démocratie dans ce pays, il l’a promue jusqu’à en arriver à l’alternance, je ne vois pas de raisons pour lesquelles il ne l’accepterait pas. Mais nous vous avons donné les raisons objectives pour lesquelles, à moins d’un miracle, l’opposition ne peut pas gagner ces élections.

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