A la base de la crise politique et diplomatique actuelle, Didier Reynders continue d’en rajouter !

  • Il brandit le spectre des nouvelles sanctions à l’endroit des officiels congolais et réclame de la Ceni la publication des résultats des élections, «même s’ils ne plaisent pas au pouvoir», déclare-t-il, comme si ces résultats ne peuvent pas été défavorables à l’Opposition…
  • Au 4èmejour, il se plaint du retard de la publication des résultats alors qu’en 2011, il a fallu attendre 11 jours pour voir la Céni le faire…

Le 4 janvier 2019, sur Rtbf, le VPM et ministre belge sortant des Affaires étrangères et européennes, Didier Reynders, a tenu à l’endroit des autorités congolaises et de la Ceni des propos de nature corser davantage les choses entre Kinshasa et Bruxelles. «Il y a déjà des sanctions en cours exercées par le comité international. Il y en aura d’autres en fonction de l’évolution de la situation», a-t-il lancé avant d’ajouter : «La démocratie, ce n’est pas seulement organiser des élections mais aussi annoncer les résultats. L’important, aujourd’hui, c’est de publier les résultats des élections, même s’ils ne plaisent pas au pouvoir». Il a en plus estimé que «Si on veut une transition démocratique, il faut garantir un certain nombre d’éléments en termes de sécurité notamment au président sortant. Jusqu’à une certaine limite, on ne peut pas lui garantir l’impunité». Et de conclure : «Après des reports d’élections, après l’interdiction faite à plusieurs candidats de se présenter, l’interdiction à des citoyens de pouvoir voter dans plusieurs villes, on assiste à un certain cafouillage pour l’annonce des résultats. On sent qu’il y a une volonté de garder la main, de ne pas abandonner le pouvoir« …

Ce à quoi a réagi la Céni le dimanche 6 janvier 2019 en rappelant qu’elle est d’abord «une institution d’appui à la démocratie» et qu’elle «va publier le résultat conformément à la loi ». 

Corneille Nangaa, son président, a toutefois déploré le fait qu’il y ait notamment des diplomates s’évertuant à menacer son bureau. «Il y a des personnalités en interne et en externe qui sont dans cette démarche. Cela n’a pas de sens. C’est d’ailleurs contre-productif», a-t-il averti avant de faire observer que si le déploiement des matériels a consommé entre 23 et 30 jours, «la récupération de ces matériels ne peut pas se faire dans un délai de deux jours. Il faut lier le fait qu’on a tous voulu qu’on ne transmette rien par voie électronique. On aurait accepté le principe de transmission par la machine à voter, on aurait tous les résultats aujourd’hui. On a dit qu’on doit aller manuellement. Nous appliquons ce principe. On ne doit pas vouloir une chose et son contraire». 

Aussi, a-t-il averti les médias présents à son point de presse qu’«On aura ces conférences de presse tout le temps que cela sera nécessaire. Je ne voudrais vous dire que je vais annoncer mardi et que le mardi je vous dise que ce n’est pas possible. Laissez la CENI travailler et nous avons activé le nécessaire pour que le traitement le fasse le plus rapidement possible». 

Apprendre à devenir modeste

            En ce qui concerne les sanctions et la personne du Chef de l’Etat congolais, Didier Reynders semble ne pas prendre conscience de sa responsabilité entière et totale dans la crise politique congolaise et dans la crise diplomatique entre Kinshasa et bien des capitales occidentales, Bruxelles en tête. 

            Il est connu de tout le monde qu’en juin 2016 – voulant probablement imiter Paris par rapport aux crises syrienne et libyenne nées de l’implication maladroite de la France de Sarkozy et de Hollande dans les affaires intérieures de ces deux pays – Bruxelles (probablement par procuration) s’est cru détenir la vocation d’organiser l’Opposition congolaise. D’où le conclave de Bruxelles-Genval. 

            Or, cette Opposition venait de changer de composition. Depuis mi-septembre 2015, elle a enregistré les transfuges de la Majorité présidentielle constituant le G7 avec le Msr de Pierre Lumbi, l’Unadef de Charles Mwando Simba, l’Unafec de Gabriel Kyungu, le Msdd de Christophe Lutundula, l’Arc d’Olivier Kamitatu, l’Aco de Dany Banza et le Pdc de José Endundo. En octobre 2015, au lendemain de sa démission du poste de président provincial du Pprd, Moïse Katumbi sera déclaré d’office candidat du G7 à la présidentielle censée se tenir en novembre 2016. 

            Analystes, observateurs, commentateurs et reporters constateront, dès le 10 décembre 2015, un endurcissement dans le chef de Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi par rapport au Dialogue national initié par Joseph Kabila et dont les pourparlers de Venise et  d’Ibiza ont servi d’élément préparatoire. 

            En effet, à l’issue de leur rencontre à Paris, Katumbi et Tshilombo s’étaient opposés  systématiquement et catégoriquement à tout dialogue ayant parmi ses protagonistes le Chef de l’Etat congolais. D’où, au cours de l’année 2016, la campagne de dénigrement de la facilitation Edem Kodjo, pourtant soutenue par le Conseil de sécurité de l’Onu.

Il est établi que si le Président Joseph Kabila n’avait pas donné sa caution à l’initiative des Evêques de la Cenco pour les négociations du centre interdiocésain, l’Accord du 31 décembre 2016 n’aurait jamais existé. Mieux, il ne serait jamais consacré «instrument international». 

Quand on voit comment il continue de s’en faire le porte-voix de cet accord, il devrait apprendre à devenir modeste dans sa façon d’aborder le dossier Congo.

Le problème, le vrai, est ailleurs…

A moins de réinventer la démocratie, Didier Reynders n’est pas sans savoir qu’aucun texte – en droit national ou en droit international – n’oblige un régime d’abandonner le pouvoir au motif d’alternance politique. Dès lors qu’il a eu son candidat à la présidentielle en la personne d’Emmanuel Ramazani Shadary, le régime congolais est en droit de l’emporter. Ceci de un.

De deux, à la différence de la Belgique où cette charge revient au Gouvernement, précisément au ministère de l’Intérieur, en RDCongo l’organisation des élections relève de la compétence exclusive de la Commission électorale nationale indépendance (Ceni). 

Aux termes de l’article 9 de la loi électorale, l’institution a 12 attributions. La première consiste à «organiser et gérer les opérations pré-électorales, électorales et référendaires notamment l’identification et l’enrôlement des électeurs, l’établissement et la publication des listes électorales, le vote, le dépouillement, la centralisation et l’annonce des résultats provisoires». La cinquième attribution consiste à «élaborer les prévisions budgétaires et le calendrier relatifs à l’organisation des processus électoraux et référendaires».

S’agissant de la proclamation des résultats, il est tout de même surprenant, comme relever ci-dessus, d’entendre Didier Reynders s’époumoner sur le timing de publication des résultats (4èmejour après le vote). Pourtant, en 2011, les élections avaient eu lieu le 28 novembre et la proclamation des résultats provisoires le 9 décembre, soit une dizaine de jours après. D’ailleurs, en 2006, elles avaient été organisées le 30 juillet et la proclamation des résultats provisoires le 6 septembre, soit plus d’un mois !

Que Didier Reynders revienne sur les sanctions pendant qu’il n’y a aucune raison majeure de le faire relève ni plus ni moins que du mépris. Et ce mépris apparaît dans toute sa laideur lorsque, parlant notamment de la sécurité du président sortant, il se permet d’ajouter «Jusqu’à une certaine limite, on ne peut pas lui garantir l’impunité» !

C’est à peine croyable qu’un ministre des Affaires étrangères d’un gouvernement étranger en vienne à s’attribuer le droit de garantir ou non l’impunité à un chef d’Etat n’ayant rien fait de mal à la Belgique en particulier, à l’Occident en général.

De tels propos ont heureusement le mérite de convaincre l’opinion de cette évidence : les élections sont juste un prétexte. 

Le problème, le vrai, est ailleurs. 

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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