En félicitant le Président Félix Tshisekedi, la Cenco et la Belgique «lâchent» subtilement Fayulu

  • Comme un malheur ne vient jamais seul, les leaders de la coalition Lamuka ont instruit leurs députés nationaux et provinciaux d’entrer dans les institutions, ôtant de ce fait au candidat Martin Fayulu toute base parlementaire sur laquelle ce dernier pouvait s’appuyer pour continuer de revendiquer sa victoire…

« …la Cenco prend acte de l’investiture de Félix Tshisekedi comme président de la République de la RDC » (…) « Les catholiques n’ont pas boycotté la prestation de serment du nouveau président, les évêques avaient plutôt remis en cause la victoire de Félix Tshisekedi proclamé par la Ceni mais après la confirmation par la Haute Cour, les évêques n’avaient plus contesté la victoire de Félix Tshisekedi». Extraite de l’interview accordée à Dw, la déclaration est de l’abbé George Kalenga, 2èmeSecrétaire général adjoint de la Cenco. «Nous avons envoyé des félicitations au nouveau président. Bien sûr, nous avons de nombreux doutes sur le processus, mais le plus important maintenant est de voir s’il est possible que la politique change (…) On verra dans les prochaines semaines, les prochains mois, si la manière de diriger le pays change en faveur de la population. C’est un pays très riche, notamment en ressources, mais tant de gens y vivent dans la pauvreté», a déclaré le VPM et ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders… 

            Il est de notoriété publique que la Cenco et la Belgique ont apparu, pardon apparaissent jusque-là comme les principaux «alliés» interne et externe du candidat de la coalition Lamuka à la présidentielle du 30 décembre 2018, en l’occurrence Martin Fayulu Madidi. Si elles ont saisi l’occasion de leur «rétropédalage» pour rappeler la «vérité des urnes», c’est plus pour la forme que pour le fond. 

            Ainsi, de la dépêche de Belga intitulée «Didier Reynders : ‘le plus important maintenant est de voir s’il est possible que la politique change en RDC’»publiée lesamedi 26 janvier 2019, il ressort que «La Belgique a transmis à Félix Tshisekedi ses félicitations. La nouvelle a été donnée par le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders à New York où il va participer réunion du Conseil de sécurité de l’ONU».

            Tandis que de celle de Dw le même jour, intitulée «Présente à la prestation de serment, la Cenco fait allégeance à Félix Tshisekedi», il ressort que «…le deuxième adjoint au secrétaire général de la Cenco explique toutefois pourquoi les plus hautes autorités de l’Eglise catholique n’étaient pas à l’investiture (…)Les confessions religieuses ont été représentées à la cérémonie de prestation de serment qui s’est déroulée au palais de la Nation ce jeudi (25 janvier). La présence de la Cenco était très attendue. La Conférence des évêques catholiques du Congo qui a assuré la médiation en vue de l’Accord dit de la Saint Sylvestre s’est fait finalement représenter mais pas au niveau le plus élevéLa veille, l’archevêque de Kinshasa, Monseigneur Fridolin Ambongo avait brandi la menace d’un boycott. L’Eglise a en effet émis des doutes sur la victoire attribuée au candidat de la coalition « Cach ».C’est donc finalement l’Abbé Georges Kalenga qui a assisté à la cérémonie de prestation de serment». Et d’ajouter : «Dans l’interview exclusive qu’il a accordée à la DW, le deuxième adjoint au secrétaire général de la Cenco explique pourquoi les plus hautes autorités de l’Eglise catholique en RDC n’avaient pas fait le déplacement du palais de la Nation. D’après lui en effet, c’est parce qu’il était empêché par une activité dans son diocèse de Kisangani, que Monseigneur Fridolin Ambongo n’avait pas pu assister à la prestation de serment de Félix Tshisekedi. ‘Ce n’est pas qu’il n’a pas voulu participer’, précise l’Abbé Georges Kalenga».

            On peut dire à ce stade qu’il n’y a plus à polémiquer autour de la participation ou non de la Cenco à la cérémonie d’investiture dès lors que dans son discours de circonstance, le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo s’est personnellement chargé de rendre hommage à la hiérarchie catholique. «Nous saluons la contribution de différentes confessions religieuses de notre pays dans la consolidation du processus électoral, avec une mention particulière à l’Eglise Catholiquedont l’Accord de Saint Sylvestre a été déterminant», a-t-il déclaré.

Option de siéger dans les institutions délibératives

            Au stade actuel, le Chef de l’Etat se veut rassurant à l’égard de la coalition «Lamuka» et de son concurrent à la présidentielle. «C’est ici également l’occasion de témoigner notre profond respect et sincère admiration à l’endroit de notre frère Martin Fayulu Madidi, avec lequel nous avons mené ce combat politique depuis plusieurs années. L’engagement de ce véritable ‘soldat du peuple’ est un exemple pour la vitalité de notre démocratie et la responsabilité civique de chaque congolais», a-t-il dit.

            Les réactions négatives des membres de cette coalition étaient prévisibles. 

            En effet, le 25 janvier 2019, sur son site, et sous le titre «RDC : Félix Tshisekedi se moque du pays en tendant la main à Fayulu, estime Pierre Lumbi», Radio Okapi a repris ces propos du directeur de la campagne électorale Lamuka : «Nous ne pensons pas que Félix Tshisekedi, en tendant la main à Martin Fayulu, que cela soit une main propre. Pour nous, il se moque du pays, de Fayulu et du peuple congolais. C’est un vol électoral qui a été commis. De millions de Congolais sont tristes. Ils ne sont pas heureux». De la cérémonie d’investiture, son avis est que «C’est une honte et c’est un triste jour pour le pays, pour l’Afrique et pour le monde».

            Le même jour, cette fois sur Rfi, sous le titre «RDC: la coalition Lamuka rejette la main tendue de Félix Tshisekedi», Rfi a repris les propos de Pierre Lumbi : «Pourquoi entrerait-on dans un gouvernement formé sur la base d’un accord passé entre Cach [la plateforme de Félix Tshisekedi, NDLR] et le FCC (Front commun congolais, la plateforme de Joseph Kabila, NDLR) ?» (…) «Aller là [au gouvernement] pour faire quoi ? Pour prendre des postes ? Et un gouvernement d’union nationale, sur quelles bases ? On peut avoir un gouvernement d’union nationale, mais sur la base de la vérité bien sûr». Et de renchérir : «Qu’on nous parle de la main tendue, c’est impudique, ce n’est pas acceptable»

            Porte-parole de la coalition Lamuka, Eve Bazaïba va continuer, quant à elle, à contester la légalité de l’arrêt de la Cour constitutionnelle confirmant les résultats provisoires publiés le 10 janvier 2019 par la Céni. 

Les députés Lamuka siégeront au Parlement. «Les avocats n’ont jamais eu accès à ces dossiers et la Céni elle-même avait dit qu’il n’était pas important pour elle de verser ces procès-verbaux étant donné que la circonscription pour ce scrutin, c’est toute l’étendue du territoire national», a-t-elle relevé non sans envisager la possibilité de saisir d’autres instances judiciaires régionales et internationales.

Au moins, l’acquisest qu’en attendant la fin du contentieux, la coalition a levé l’option de siéger dans les institutions délibératives, en l’occurrence l’Assemblée nationale et les Assemblées provinciales. Ce qui laisse entendre qu’elle sera également au Sénat et, pourquoi pas !, va briguer les postes de gouverneurs de province là où les résultats le permettent. 

«Nous ne sommes pas pour la politique de la chaise vide et nous allons assumer le leadership de l’opposition», a prévenu Pierre Lumbi.

Sa survie est tributaire du fair-play 

            Que va alors faire, mieux devenirMartin Fayulu ? Déjà, l’homme a un sérieux problème de leadership. En tant que président du parti politique Ecidé, il n’a même pas une dizaine de députés nationaux et provinciaux élus. Tout son poids politique repose non pas sur son parti, moins encore sur sa plateforme «Dynamique de l’Opposition», mais sur la coalition «Lamuka» qui en compte des centaines. 

            L’Accord de Genève étant caduc(il est fondé sur la victoire et non la défaite du candidat commun), les grandes plates-formes comme le Mlc et Alliés de Jean-Pierre Bemba et Ensemble de Moïse Katumbi n’ont pas besoin d’un porte-parole de l’Opposition «kamikaze». Elles sont à la recherche d’un «chef de file» qui soit pragmatique, réaliste. Après tout, la loi portant statut de l’Opposition ouvre le poste à un parlementaire ou à un non-parlementaire. 

            Appelé finalement à prendre conscience du lâchage subtil dont il est l’objet de la part aussi bien de la Cenco et de Belgique (communauté internationale), désormais favorables au Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, que de la part des principaux leaders de la coalition Lamuka, Martin Fayulu doit apprendre à ses dépens qu’il a perdu la bataille politique, judiciaire et diplomatique, même s’il a gagné en notoriété. Partant, son intérêt n’est pas dans le torpillage du nouveau Pouvoir aux motifs de quelque vendetta mais dans le soin à porter à sa propre image.

Sa survie est donc tributaire du fair-play.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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