Appel à suspension des investissements. Quelle mouche a finalement piqué Muzito ?

  • Pour peu qu’il ait encore le sens de l’histoire, l’ancien Premier ministre ne pouvait pas ne pas prendre conscience des effets catastrophiques de la suspension de la coopération structurelle entre Kinshasa et ses partenaires dits traditionnels dans la foulée du fameux et non moins fumeux massacre des étudiants survenus sur le campus de Lubumbashi en 1990… 
  • Il sait très bien que la suspension des programmes de coopération en faveur des entreprises du Portefeuille comme Onatra (aujourd’hui Sctp), Sncz (aujourd’hui Sncc), Rvf, Rva, Rvm et Office des routes dans le secteur des voies des communications, Régideso et Snel dans celui de l’énergie, Gécamines dans le secteur minier et même Fac et Garde civile dans celui de la sécurité avaient aggravé les conditions sociales déjà précaires du peuple…

Sur TV5, Adolphe Muzito a fait le samedi 2 février 2019 une déclaration politiquement «suicidaire» qu’aucun acteur politique de Gauche ne peut oser. Parlant de la non-application de la «vérité des urnes» dans l’élection présidentielle du 30 décembre 2018, il a relevé qu’«Avec cette crise, nous savons que les investisseurs ne viendront pas, et cela nous mènera à une négociation pour lever cette crise de légitimité». A la question de savoir avec va-t-il falloir négocier, il a identifié les interlocuteurs. «S’il faut discuter, c’est avec monsieur Kabila. C’est lui qui finalement a le pouvoir, c’est lui qui a la majorité parlementaire mais aussi présidentielle. C’est lui qui a confisqué le pouvoir et organisé la fraude. Tshisekedi n’est qu’un bénéficiaire de cette fraude là. Donc, ce n’est pas avec lui qu’il faut discuter parce qu’il n’a pas de pouvoir et c’est pas lui qui a pris le pouvoir, c’est monsieur Kabila qui a pris le pouvoir”, a-t-il dit. Pour rappel, le 2 février est la date du premier meeting post-électoral du candidat de la «coalition Lamuka», Martin Fayulu. Comme il fallait s’y attendre, cette prise de position a suscité des protestations acerbes au nombre desquels celles de Noël Tshiani (lui aussi candidat à la présidentielle du 30 décembre 2018), de Jean-Claude Katende (activiste des Droits de l’homme hier pro-Lamuka via Moïse Katumbi, aujourd’hui pro-Cach via le tandem FatshiVit), de Delly Sessanga d’AR et d’Adam Bombole.

«Les propos de l’ancien premier ministre et cacique de la coalition ‘Lamuka’ sur TV5 n’a pas laissé indifférent Noël Tshiani Mwadiamvita, un des candidats à la présidentielle du 30 décembre 2018. Sur son compte Twitter, Noël Tshiani juge d’irresponsables les propos d’Adolphe Muzito qui a affirmé sur le médias français qu’aucun investisseur ne pourra venir en RDC face à l’insécurité et l’instabilité qui seront causées par la crise de légitimité au sommet de l’Etat. Cet ancien fonctionnaire de la Banque mondiale a demandé au Procureur Général de la République d’interpeller Adolphe Muzito», rapporte 7sur7.cd dans sa dépêche intitulée «Noël Tshiani tacle Adolphe Muzito».

Sur le même site web, Jean-Claude Katende s’interroge. «Est-ce que Muzito a des leçons à donner aux gens ? Comment était sa gestion du pays en tant que 1er ministre ? Il a bu toute honte». 

            Adam Bombole estime «injustes, indignes d’un prétendu ‘leader’ de l’opposition», les propos d’Adolphe Muzito selon lesquels «Félix Tshisekedi est pire que Joseph Kabila».

            Sur Africa24, sous le titre «C’est à cause des personnages comme Muzito que la réunion de Genève a dévié de ses objectifs», Delly Sessanga largue sa bombe : «Même si Adolphe Muzito compte sur l’amnésie légendaire du peuple congolais pour se faire une crédibilité, le peuple Congolais n’a rien oublié de lui. Doit-on rappeler que c’est sous son règne que la constitution a été révisée en supprimant le deuxième tour de l’élection présidentielle, sans que l’auteur des fameuses tribunes n’ait eu le courage d’élever le moindre son de protestation républicaine ! C’est encore Adolphe Muzito qui a supprimé la retransmission des débats parlementaires à la télé pour dissimuler les actes de sa mauvaise gestion !».

            Dans une réflexion intitulée «Stratégie Lamuka : créer une crise de légitimité pour négocier ensuite» parue dans capsud.net, l’auteur, Thierry Bishop Mfundu, relève que «Lors du meeting de la Sainte Thérèse, Fayulu avait aussi mention de négociation secrète entreprise avec le camp Kabila. Cette dernière sous les hospices de Leila Zerrougui n’ont pas abouti. Martin Fayulu a déclaré qu’auprès des émissaires de Kabila qu’il était prêt à le protéger et lui laisser avec son titre de sénateur à vie. Donc pour Lamuka, la fin de la crise de légitimité passe par sa remise au centre du jeu politique de la RDC»Et conclut : «La recherche du bifteck devient donc, un enjeu principal du combat politique de Lamuka».

            Le nec plus ultra du meeting du 2 février 2019 est cependant l’appel lancé par Martin Fayulu à la communauté internationale. Dans sa dépêche, 7sur7.cd révèle que «Martin Fayulu a demandé à la Communauté Internationale de respecter la souveraineté du peuple congolais. L’opposant congolais digère mal le fait que la Communauté Internationale ait pris acte de la victoire de Félix Tshisekedi après l’arrêt de la Cour Constitutionnelle». La phrase retenue en citation est : «A la Communauté Internationale, je demande de respecter la souveraineté du peuple congolais. Ne pensez pas que comme la Cour Constitutionnelle a tranché, c’est fini». Oui, Fayulu évoque à son tour la souveraineté du Congo. 

            Bref, les prestations de cette date sont résumables par cette formule : d’un côté, Martin Fayulu fait état de sa volonté de se rapprocher de Joseph Kabila pour négocier son accession aux affaires au prix de la disqualification de Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et, de l’autre, Adolphe Muzito écarte toute possibilité de voir la RDCongo recevoir des investissements étrangers tant que la crise va subsister, les investissements dont question étant naturellement des Occidentaux ! 

C’est un gros pan de l’«Accord de Genève» est enfin levé. 

Ça pue du chantage

            Quelle est alors cette mouche à avoir piqué l’ancien Premier ministre, l’homme des «Tribunes» qui se targue d’avoir doté le Congo de l’Initiative PPTE, car au cours de sa pré-campagne électorale, il l’a fait croire à l’opinion sans cependant avoir l’honnêteté de la situer dans le temps ! 

Pourtant, ce processus avait commencé en 2001lorsque la RDC, alors sous le mandat de Joseph Kabila, avait renoué avec la Banque mondiale et le Fmi. Il avait traversé le 1+4 jusqu’en 2006. Le Premier ministre Antoine Gizenga y avait travaillé jusqu’en 2008. Et le point d’achèvement est intervenu en 2010, deux ans après son accession à la primature.  

            Depuis la suspension de la coopération structurelle début 1990, les séquelles persistent. Les sacrifices imposés aux Congolais dans le cadre de l’I-PPTE en sont la preuve.

            Comment peut-on un seul instant comprendre qu’un Premier ministre, premier à s’attribuer les mérites du point d’achèvement ce processus, dissuader les investisseurs occidentaux de rentrer dans son pays ?  Jouerait-il la carte chinoise contre la carte bruxelloise qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Ça pue du chantage.

Ame socialiste ni socio-démocrate

            Sur TV5, le 19 novembre 2018, Adolphe Muzito déclarait exactement ceci, à propos des rumeurs sur un report éventuel des élections : «Il n’y aura pas d’élections, c’est donc clair». Et de Joseph Kabila, il avait dit : «Il n’a pas organisé les élections en 2016, il a récidivé en 2017, et ça ne m’étonne pas qu’en 2018, il n’organise pas les élections».

            C’est vrai qu’à cette période-là, d’ailleurs jusqu’au 16 décembre 2018, c’est-à-dire à une semaine de la date initiale de la tenue des élections le 23 décembre, sa coalition était contre l’organisation des scrutins pour cause d’utilisation de la machine à voter qualifiée d’illégale et du fichier électoral qualifier de corrompu.  

Les élections ont eu lieu, et le voilà maintenant en train de chercher à négocier avec le même Joseph Kabila en brandissant l’épouvantail de la suspension des investissements occidentaux.

Visiblement, ce lumumbiste n’a jamais eu l’âme socialisteni socio-démocratecar nulle part au monde les adeptes de ces idéologies ne préconisent un tel schéma pour accéder aux affaires. 

La mouche qui l’a piqué est à saluer dès lors qu’elle a révélé sa nature véritable.

Au Palu particulièrement, on doit se demander comment on a mis une trentaine d’années avant de réaliser qu’Adolphe Muzito n’a jamais été un pur lumumbiste, encore moins un vrai gizengiste. 

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.comFacebook : Omer Nsongo

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