Informateur ou formateur : Tshisekedi poussé à récidiver l’erreur de Kasa-Vubu !

  • Tout porte croire qu’en s’appliquant intelligemment et sagement la Constitution de la République qui lui permet de se constituer une majorité parlementaire à l’Assemblée nationale et au Sénat, Joseph Kabila voit ses adversaires inciter le Chef de l’Etat actuel à refaire le coup de 1965… 

Le libellé de l’article 78 de la Constitution est suffisamment clair. On n’a nullement besoin de la Cour constitutionnelle, encore moins de la Cour internationale de justice pour l’interpréter correctement. A ses alinéas 1, 2, 3 et 4, il dispose que «Le Président de la République nomme le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire après consultation. Il met fin à ses fonctions sur présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Si une telle majorité n’existe pas, le Président de la République confie une mission d’information à une personnalité en vue d’identifier une coalition. La mission d’information est de trente jours renouvelable une seule fois». Les deux dernières réunions de Kingakati entre Joseph Kabila et sa famille politique ont permis de dégager cette majorité. Néhémie Mwilanya Wilondja, coordonnateur du FcC (Front commun pour le Congo) l’a d’ailleurs chiffrée : ils sont au total 330 députés nationaux à la constituer. Conséquence prévisible : dès le 11 mars 2019 – date prévue pour l’installation du Bureau définitif de l’Assemblée nationale – la question de nomination du Premier ministre ne se posera pas pour la bonne et simple raison que le FcC aura déjà identifié son candidat. Il restera au Président de la République à en prendre acte…

            Il se fait seulement que Félix Tshisekedi est (comme) poussé par certains de ses proches à «rendre la monnaie» de sa pièce à Joseph Kabila à propos de nomination du Premier ministre. Il lui est suggéré de désigner non seulement un informateur mais aussi trois nomspour le formateur, de façon à lui permettre de choisir librement le Premier ministre avec lequel il veut travailler.

            Or, on est dans un contexte différent. S’agissant, par exemple, de la nomination de Samy Badibanga dans le cadre de l’Accord de la Cité africaine en 2016 ou de Bruno Tshibala dans le cadre de l’Accord de la Saint Sylvestre en 2017, ni l’Udps, ni ses alliés n’avaient la majorité à l’Assemblée nationale, encore moins au Sénat. L’accord conclu pour le partage du pouvoir avait une dimension politique. 

            Aujourd’hui, au terme des élections du 30 décembre 2018, le Congo a une majorité parlementaire que les deux dernières rencontres de Kingakati ont fait connaître. Le candidat Premier ministre sortira impérativement de cette majorité. Coordonnateur du FcC, Pr Néhémie Mwilanya Wilondja l’a démontré en soulignant que «L’article 78 de la constitution est clair. Il indique deux cas de figure. Le premier cas de figure c’est celui de l’existence de la Majorité. Il n’y a pas de dessin à faire. Le président sait ce qu’il doit faire. Ici, nous vous disons que c’est une démarche normale», avant d’ajouter : «Nous sommes dans un régime parlementaire rationalisé où la majorité parlementaire est quasiment une institution. Elle participe à la désignation du Premier ministre, elle investit le Gouvernement et, ensuite, le soutient dans toutes ses réformes. Vous pouvez tirer les conséquences qui s’imposent« .

Sur l’aspect juridique, sa précision est la suivante : «Bien que le FCC n’est pas une réalité juridique, le débat n’existe plus. Ceux qui sont connus sont les regroupements et ces regroupements sont venus dire qu’ils appartiennent au FCC et les députés qu’ils ont eus sont versés dans le FCC« .

            Que pourrait-il alors se passer ? 

Le pays continue d’en faire les frais 54 ans après

            Le Président Félix Tshisekedi pourrait s’inspirer de son lointain prédécesseur Joseph Kasa-Vubu. Il en a toute la latitude. Et il en connaît les conséquences.

L’histoire rapporte qu’au lendemain des élections législatives de 1965 organisées dans le cadre de la Conférence constitutionnelle de Luluabourg (Kananga), le Président Kasa-Vubu avait imposé le 23 octobre 1965pour la primature le candidat Evariste Kimba. Pourtant, la Majorité parlementaire était acquise à Moïse Tshombequ’il avait déchargé de ses fonctions dix jours plus tôt. Une crise institutionnelle s’était installée entre, d’un côté, le Président de la République et, de l’autre, le Parlement.

            La suite est connue : étant aux aguets, le lieutenant-général Joseph Mobutu sauta sur l’occasion  pour s’emparer du pouvoir au nom du Haut commandement militaire. Il obtint à l’époque le soutien de l’axe Washington-Bruxelles. En deux temps trois mouvements, la 1èreRépublique fut liquidée. D’où la naissance de la 2èmeRépublique qui accouchera d’abord du Mpr, ensuite du Mpr Parti-Etat. 

54 ans après, le pays continue d’en faire les frais. 

Informateur ou pas, formateur ou pas

            Le contexte n’est certes pas le même ! 2019 n’est pas 1965. Cependant, on est en train de reproduire le même schéma. 

En effet, comme en 1965, les élections viennent d’avoir lieu en 2018. Comme en 1965, la contestation des résultats électoraux est là, en 2019, via Lamuka et son candidat à la présidentielle Martin Fayulu. Comme en 1965, l’enjeu de la «Guerre froide» est là, en 2019 (réf. crises au Venezuela et en Iran). Comme en 1965, les signaux envoyés par Washington en 2019 sont édifiants : félicitations au Président Félix Tshisekedi pour sa victoire, sanctions injustes à l’encontre des dirigeants de la Céni, du speaker sortant de l’Assemblée nationale et du président de la Cour constitutionnelle. 

            C’est à croire que la prouesse électorale de Joseph Kabila de miser sur les législatives et les provinciales pendant que ses adversaires politiques s’investissaient, eux, dans la présidentielle n’est pas du goût des adversaires internes et externes. 

            Dans cette logique, tout ce qui est de nature à susciter une crise institutionnelle au pays est du pain béni. Et, vraisemblablement, tout anti-Kabila a l’intention d’utiliser le Président Félix Tshisekedi contre son prédécesseur en se servant de la «primature». 

            En définitive, informateur ou pas, formateur ou pas, le spectre du coup d’Etat de 1965 n’a jamais été aussi prêt ! Et malheureusement, c’est au Président Félix Tshisekedi que l’on veut faire répéter l’erreur du Président Joseph Kasa-Vubu. 

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

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