Remettant en cause la victoire de Félix Tshisekedi, le cardinal Monsengwo veut soulever le peuple !

  • Il déclare faire confiance au «peuple pour surprendre» pendant qu’il escamote l’histoire en attribuant à l’Afdl la responsabilité de la liquidation des acquis de la Cns. Pourtant, c’est lui qui avait préconisé en 1993 la 3ème voie mettant fin à ce schéma et à celui du Conclave politique de Kinshasa…

«Personnalité emblématique de l’Église catholique au Congo, ayant été choisi par le Pape François au sein du groupe de huit cardinaux chargé de l’épauler dans la réforme de la curie romaine, le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya bénéficie d’un large prestige international. Œuvrant depuis plusieurs années en faveur d’une transition démocratique au Congo, le Cardinal Monsengwo a accepté de nous entretenir de la situation de son pays alors que les marches de fidèles catholiques dénonçant le maintien au pouvoir du Président (hors mandat) Joseph Kabila ont été réprimées dans la violence. Le thème de la conférence du Cardinal Monsengwo à notre tribune sera : «Quel avenir pour le Congo ?». Renseignements : Grandes Conférences Catholiques». C’est en ces termes que les organisateurs de la Conférence organisée au du Sénat belge le 24 février dernier le présente…

Laurent Monsengwo Pasinya (LMP) est effectivement un grand homme. Il n’y a rien de blasphématoire en considérant que ses propos puissent être pris pour Parole d’Evangile, puisque censée être celle de la Vérité. 

Or, dans les deux interviews livrées aux journaux belges «Le Soir» et «La Libre Belgique» tout comme dans son texte de conférence d’une trentaine de pages, le prélat se fait volontairement «pécheur».

Invité, en effet, à plancher sur le thème «Quel  avenir pour le Congo», il a préféré changer de thème en l’intitulant «Quel avenir pour le Congo après la fraude électorale du 30 décembre 2018».

Conséquence, il va surfer sur les 37 premières années du Congo postindépendance pour s’appesantir plutôt sur les 21 dernières années des Kabila. Et là, c’est la dérive.

Tenez !

Des élections concernées, il déclare : «Aujourd’hui plus que hier, la même question refait surface, après que le peuple qui a décidé d’en découvre avec le régime désastreux des Kabila, voit ses espoirs pour une authentique alternance voler en éclats. En effet, aux lendemains du scrutin du 30 décembre dernier, la CENCO qui avait déployé quelques 40.000 observateurs, confiant à la CENI qu’elle en connaissait le vainqueur, au vu des chiffres traçables en sa possession. Dans la nuit de mercredi à jeudi, 10 janvier 2019, la Commission électorale nationale indépendante annonçait que monsieur Félix Tshisekedi arrivait en tête de l’élection présidentielle avec 7 051 013 des voix, soit 38,57 % des suffrages exprimés, devant Martin Fayulu qui n’aurait reçu que 34,8 % des voix. Cependant, les chiffres de la CENCO indiquent le score suivant : 62,11 % pour Martin Fayulu, 16,88 % pour Emmanuel Ramazani Shadary, et 16,93 % pour Félix Tshisekedi. Les appels à la vérité des urnes lancés par la CENCO et d’autres très nombreuses organisations tant nationales qu’internationales ne seront pas entendus par la cour constitutionnelle qui a statué sur les résultats définitifs, et a confirmé le verdict de la CENI déclarant la victoire de monsieur Félix Tshisekedi, jugeant les recours introduits par monsieur Martin Fayulu, recevables mais non fondés…».

Ce que le cardinal s’abstient de relever, c’est que la Ceni ne reconnaît avoir accrédité que 17.000observateurs sur les 40.000annoncés par la Cenco. D’où la question de savoir d’où sont venus les 23.000autres observateurs non identifiés. Ce qu’il s’abstient également de relever, c’est que rien n’a empêché la Cenco de mettre à la disposition de Martin Fayulu des chiffres traçables au moment où ce candidat en avait grandement besoin à la Cour constitutionnelle. 

«Martin Fayulu doit continuer à faire ce qu’il a fait jusqu’ici», déclare le prélat

Dans l’interview accordée à «La Libre Belgique» dans sa version africaine, interview publiée le 26 février 2019 sous le  sous le titre «Mgr Monsengwo : ‘Félix Tshisekedi aurait dû reconnaître sa claire et nette défaite», le prélat est questionné en ces termes : «En 2011, déjà, la victoire de Kabila ne correspondait pas à vos chiffres. La RDC est-elle condamnée à vivre en marge de la démocratie ?». Sa réponse est la suivante : «Non, la RDC n’est pas du tout condamnée à vivre en marge de la démocratie. Et effectivement, la victoire de Kabila en 2011 ne correspondait pas à nos chiffres. Si on voulait mettre fin une fois pour toute au système de gouvernance de Kabila, Monsieur Félix Tshisekedi aurait simplement dû reconnaitre sa claire et nette défaite, ne pas se faire nommer, féliciter le vrai vainqueur et le régime de Kabila allait s’effondrer» !

C’est ici que tout esprit rationnel en vient à se demander si le problème n’est plutôt pas «personnel». En 2006, Laurent Monsengwo avait proclamé la victoire de Jean-Pierre Bemba contre Joseph Kabila. En 2011, il avait proclamé la victoire d’Etienne Tshisekedi contre Joseph Kabila. Et en 2018, il proclame la victoire de Martin Fayulu contre le régime Kabila. 

Dans l’interview accordée le même jour au journal «Le Soir» et publiée sous le titre «Mgr Monsengwo : ‘Tshisekedi n’a pas les mains libres’», le prélat poursuit sa hargne en estimant que le Président de la République «s’est mis dans un carcan dont il pourra difficilement se défaire. Et ce d’autant plus que M. Kabila reste en place avec tous ses moyens d’action nuisibles. Il aurait eu les mains libres si son programme avait été accepté par la majorité des Congolais. Le gouvernement n’aura pas les moyens de sa politique… Il se montrera juste courageux pour faire un travail de surface mais il lui sera difficile d’opérer de véritables réformes dans le sens de la justice, de la sécurité et de la paix».

A la question de savoir s’il compte rencontrer Félix Tshisekedi, sa réaction est tranchante : «Ce n’est pas prévu dans l’immédiat… Pour le reste, attendons de voir avec le nouveau gouvernement et le futur Premier ministre». Pire, à la question de savoir ce qu’il pense du succès diplomatique du Président de la République dans la sous-région des Grands Lacs et au siège de l’Union africaine, il ose déclarer : «On a dit que l’Union africaine avait reconnu Tshisekedi. Or, quand M. Tshisekedi s’est rendu à Luanda, le président angolais Joao Lourenço avait fait déployer le drapeau national, pas celui du Congo. Et lorsque leurs entretiens ont été terminés, qu’a-t-il donné à Félix Tshisekedi ? Il lui a dit : puisque le régime a changé, reprenez vos réfugiés. Ces gestes, cela voulait dire : je reçois un commerçant, avec lequel je fais des accords».

Réputé avoir la dent dure (Kabila et Tshisekedi sont avertis), le cardinal ne jure désormais que par Martin Fayulu. A la question de la «Libre Belgique» de savoir ce que Martin Fayulu doit faire, il répond : «Martin Fayulu doit continuer à faire ce qu’il a fait jusqu’ici – soit le contraire de ce qu’on veut lui faire faire. Il doit s’efforcer de faire éclater la vérité des urnes. Son combat, c’est celui du peuple». 

On sait au moins d’où vient la «force» du candidat commun de la «coalition Lamuka».

Les Kabila et les Tshisekedi voués aux gémonies

            Seulement voilà, comme toute cuirasse, le défaut est là. Et ce défaut, c’est la volonté délibérée d’escamoter l’une des pages les plus importantes de l’histoire du pays. Précisément celle de la Conférence nationale souveraine. 

Voici la description qu’il en fait dans son texte de conférence : « …la Cns a pu se tenir en faisant l’autopsie générale de la société congolaise, afin de proposer des solutions pour un avenir meilleur. Mais, le succès de cette gigantesque entreprise a été de courte durée, tel un poisson presqu’étouffé dans l’œuf. L’avènement du pouvoir de Laurent-Désiré Kabila qui voulait instaurer sa propre logique institutionnelle, a balayé du revers de la main les acquis de la CNS. La tendance, mieux la décision à passer sous silence les acquis de la CNS, laissait émerger progressivement les élans despotiques du nouvel homme fort du Congo qui a été porté au pouvoir par le soutien de l’Ouganda et du Rwanda, qui voulaient aussi être associés au partage du butin». 

            Pour des jeunes comme ceux des mouvements pro-démocratie Lucha et Filimbi, pareille description présente l’Afdl en responsable de l’échec de la Cns. 

            Or, il est connu de tout le monde – notamment des médias belges «La Libre Belgique» et «Le Soir» – que la Cns avait été fermée par Mobutu en décembre 1992, quatre ansavant l’avènement de l’Afdl. Mieux, c’est lui-même, Laurent Monsengwo, qui avait liquidé la Cns en initiant en 1993-1994 la 3èmevoie mettant fin au schéma de ce forum et à celui du Conclave politique de Kinshasa. 

Au travers des Accords du Palais du Peuple signés en 1994, Laurent Monsengwo fut porté à la tête du Hcr-Pt et  Léon Kengo wa Dondo désigné Premier ministre, au détriment d’Etienne Tshisekedi et de Faustin Birindwa, donc de l’Udps.

            Ainsi, à l’avènement de l’Afdl en mai 1997, les acquis de la Cns avaient déjà cessé d’exister. 

D’ailleurs, au Dialogue intercongolais tenu d’octobre 2001 à avril 2003, ces acquis n’avaient pas été relancés. Dans l’Accord global et inclusif du 17 décembre 2002 signé à Pretoria, aucune allusion n’y est faite. 

            L’anti-kabilisme du cardinal ne peut avoir qu’une explication plausible : le ratage de la magistrature suprême la veille de l’arrivée de l’Afdl à Kinshasa. Pour l’histoire, défenestré du Hcr-Pt en 1995, ramené en catastrophe à Kinshasa en prévision de la chute prévisible du maréchal Mobutu, Laurent Monsengwo fut soupçonné de vouloir prendre le pouvoir. Les Afdéliens l’avaient même menacé. 

Depuis, le prélat voue aux gémonies les Kabila. Il y associe désormais les Tshisekedi.

            Dans la conclusion de sa communication, dépité certainement par l’infortune, il déclare : «Enfin, pour finir de répondre à la question de notre pays de ce jour, à savoir quel avenir le Congo aura-t-il après la fraude électorale du 30 décembre 2018, nous faisons confiance en notre peuple pour surprendre, car seul le peuple congolais doit être au centre des solutions qui permettront d’écrire son histoire d’un avenir meilleur, prospère et radieux». 

            Se confier au peuple pour surprendre n’est rien d’autre que l’inciter à se prendre en charge. Peut-être à la burkinabé. Peut-être à la tunisienne. Comme l’a voulu le Clc, son «bras séculier». 

            Il sait au moins qu’on ne gagne pas à tous les coups.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

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Facebook : Omer Nsongo

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