Autre lecture de sa déclaration. La Cenco exige de Fatshi ce que Fatshi est pourtant en train de faire !

  • Il s’agit, entre autres, de la libération des prisonniers politiques, du retour des exilés, du respect des droits de l’homme, de la bonne gouvernance économique etc.
  • Heureusement que dans son interview à RFI le jeudi 7 mars 2019, Mgr Fridolin Ambongo rassure l’opinion : «Je dois dire la vérité : les premiers pas du Président Félix Tshisekedi vont dans la bonne direction. Les mesures qu’il a prises vont dans la bonne direction»…

De mémoire de chroniqueur politique, c’est la première fois, depuis le 24 avril 1990, que la Cenco proclame la vérité qui libère sans citer nommément les parties concernées. Certes, dans sa déclaration du 2 mars 2019 issue de sa dernière session ordinaire démarrée le 27 février dernier, elle persiste et signe au sujet de la vérité des urnes. Elle considère qu’«A la publication, par la CENI, des résultats provisoires, la CENCO, forte du travail fait avec professionnalisme et indépendance par sa mission d’observation électorale, avait relevé que ‘les résultats de l’élection présidentielle tels que publiés par la CENI ne correspondent pas aux données collectées par notre mission d’observation à partir des bureaux de vote et de dépouillement’». Elle a estimé que «Le 10 janvier 2019, la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a publié les résultats provisoires proclamant le Président de la République et les députés provinciaux, le 12 janvier 2019 a eu lieu la proclamation des députés nationaux. Le 19 janvier 2019, la Cour Constitutionnelle a confirmé les résultats de l’élection présidentielle. Finalement, la même Cour a investi le nouveau Président de la République, le 24 janvier 2019». Mais, elle a invité les «nouveaux Gouvernants à rompre radicalement avec les antivaleurs des anciens régimes et à donner des assurances concrètes d’une meilleure gouvernance», celle-ci devant se concrétiser dans les domaines de la politique, de la sécurité, des droits humains, de l’économie et de la diplomatie…

Ainsi, au plan politique, la Cenco plaide pour «l’établissement d’un Etat de droit, la poursuite et le parachèvement de la décrispation du climat politique [3], le respect strict de la Constitution, l’achèvement du cycle électoral dans la vérité et la transparence».

Au plan sécuritaire, elle en appelle à «la sauvegarde de l’intégrité territoriale, la protection des personnes et de leurs biens, la sécurisation des frontières et la pacification des zones en proie à l’insécurité et à la présence des groupes armés». 

Au plan des droits humains, la Cenco se prononce pour «le respect des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et de manifestations pacifiques». 

Au plan économique, elle prône «la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, l’amélioration des conditions de vie de la population, le bien-être effectif de tous par la jouissance des retombées de l’exploitation des ressources naturelles». 

Au plan diplomatique, elle préconise des actions susceptibles «de redorer le blason de notre pays et de placer toujours l’intérêt supérieur du Peuple congolais au centre de toute négociation».

La Cenco a rejoint le Chef de l’Etat

            Rendue publique le 2 mars 2019 – date de présentation par le Président Félix Tshisekedi du programme urgent des 100 jours – la déclaration de la Cenco épouse point par point les actions prioritaires déclinées dans le discours d’investiture le 24 janvier, le discours d’échange des vœux avec le corps diplomatique le 15 février et le discours de présentation du programme urgent des 100 jours le même 2 mars dernier. 

            Effectivement, dans le dernier, le Chef de l’Etat s’est exprimé en ces termes : «Sur le plan politique, pour consolider les acquis de la démocratie dans notre pays, j’ai décidé de faire de la décrispation un objectif majeur pendant les 100 premiers jours».

            En ce qui concerne la sécurité, il a évoqué les cas du Grand Nord, du Kasaï et de Yumbi. «Au plan sécuritaire, la désolation qui règne dans certains territoires du pays, particulièrement dans le grand Nord (Beni, Butembo) qui fait face à des tueries et exactions en masses organisées et perpétrées par des groupes armés, à YUMBI, dans le Maï-Ndombe ainsi qu’au KASAI, impose l’entreprise des actions prioritaires précises», a-t-il dit.

            Pour les droits humains, le Président de la République a appelé dans son discours d’investiture «les détenteurs de l’autorité, à tous les échelons de notre pays, au respect strict et infaillible des droits des personnes et de leurs biens conformément à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, en leur demandant de réaliser leur mission dans le cadre légal», annonçant même une «campagne de sensibilisation de tous les agents de l’Etat sur leurs responsabilités vis-à-vis de nos populations».

Au plan économique, le Chef de l’Etat a demandé «au Gouvernement de réaliser un plan d’investissement des plus ambitieux avec les partenaires nationaux et internationaux en usant de toutes les techniques financières sécurisées possibles, y compris les Partenariats Publics Privé et des financements innovants».C’était dans le discours d’investiture.

Tandis qu’au plan diplomatique, dans le discours d’échange des vœux avec le corps diplomatique, il a formé «le vœu que les relations d’amitié et de coopération entre la République Démocratique du Congo et ses partenaires internationaux se renforcent davantage dans l’intérêt bien compris de nos peuples respectifs», ce après avoir circonscrit les relations par rapport respectivement aux pays frontaliers, à l’Union africaine, à l’Union européenne, aux Organismes internationaux etc. 

            On peut à ce stade soutenir que la Cenco est avec le Chef de l’Etat, même si dans sa Déclaration du 2 mars 2019, elle s’est abstenue de le citer nommément, tout comme elle n’a repris non plus Martin Fayulu dont elle a pourtant défendu et continue de défendre la position. 

Se réjouir de voir le rapprochement s’opérer

Il aurait été souhaitable, après s’être adressée aux «Gouvernants» (sic) et recommandé le respect strict de la Constitution, qu’elle fasse œuvre utile en communiquant davantage, notamment sur le processus de mise en place du Gouvernement.

En effet, c’est la Constitution, et non le Président de la République, qui prévoit ce processus à l’article 78 pour la désignation du Premier ministre. 

C’est la Constitution, et non le Président de la République, qui prévoit à l’article 91 la procédure de définition de la politique de la Nation, de partage du Pouvoir pour la Défense, la Sécurité et les Affaires étrangères en tant que “domaines de collaboration” au sein de l’Exécutif, encore que c’est le Gouvernement, et non le Président de la République, qui dispose “de l’Administration publique, des Forces armées, de la Police nationale et des services de sécurité”.

C’est encore la Constitution, et non le Président de la République, qui prévoit l’investiture du Gouvernement par l’Assemblée nationale.

Que ce soit Fayulu ou Shadary, Shekomba ou Tshiani à la tête du pays, le Chef de l’Etat se serait retrouvé dans la même position que Tshisekedi.

S’il y a alors lieu de féliciter la Cenco de son pragmatisme en faisant des recommandations aux «Gouvernants», le même pragmatisme devrait l’obliger à faire des recommandations aux «Opposants» au motif simple que l’existence des uns ne peut s’expliquer que par celle des autres, et vice-versa. En démocratie, un Gouvernant doit avoir un Opposant, et on ne peut nullement se prévaloir de l’Opposition sans prendre acte de la présence du Gouvernement.

La Cenco aurait dû en même temps faire des recommandations à la communauté internationale et, naturellement, au peuple de Dieu, comme elle le fait d’habitude.

Constatons seulement, et malheureusement, à l’analyse de sa Déclaration du 2 mars 2019, que la Haute Hiérarchie de l’Eglise catholique romaine au Congo ne s’est adressée qu’aux Gouvernants, comme si son message ne concerne ni l’Opposition, ni la Communauté internationale, ni le peuple !

Quelqu’un objecterait, non sans raison, qu’à l’heure actuelle l’Opposition ne s’est pas encore constituée de façon formelle, car à l’article 3 de la loi portant statut de l’Opposition, il est clairement spécifié que “Les partis politiques et les regroupements politiques dans les assemblées délibérantes font une déclaration d’appartenance à la majorité ou à l’opposition politique, auprès des bureaux respectifs de l’Assemblée nationale, du Sénat, de l’Assemblée provinciale, des Conseils de ville, municipal, de secteur ou de chefferie”.

Si on part de ce principe, on peut alors dire de la Cenco qu’elle a cherché seulement à donner de la voix dans une opération de communication! D’ailleurs, l’opération de com’ s’est confirmée avec l’interview de Mgr Fridolin Ambongo sur Rfi ce jeudi 7 mars 2019. “Je dois dire la vérité: les premiers pas du Président Félix Tshisekedi vont dans la bonne direction. Les mesures qu’il a prises vont dans la bonne direction. Le gouvernement n’est pas encore formé. Nous ne connaissons pas encore l’équilibre des forces entre les instances qui seront au parlement et au gouvernement”, a-t-il dit, citant au moins nommément le Chef de l’Etat. 

On peut au moins se réjouir de voir le rapprochement s’opérer, et c’est cela l’essentiel. 

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

http://www.congo30juin.comFacebook : Omer Nsongo

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