Renonçant à son mandat de député national, Fayulu se met hors-jeu jusqu’en 2023, voire 2028 !

  • Le recomptage des voix ou la reprise des élections étant utopique, le soutien de la «Conférence des Leaders Lamuka» ne lui étant pas acquis indéfiniment, et dès lors qu’il cède son mandat de député national à sa suppléante, et devant réaliser que sa croisade sur la «Vérité des urnes» finira bien par s’essouffler, MaFa pourrait ne plus rien avoir entre ses mains pour survivre politiquement…

« J’ai été élu président de la République, je ne peux pas me rabattre comme député. Jamais ! Je suis le président élu et je me considère en tant que tel. Je ne peux pas être et président élu et député« . Ces propos sont du candidat de la coalition Lamuka à la présidentielle du 30 décembre 2018. Le 6 mars dernier, rapporte l’Afp dans sa dépêche intitulée «L’opposant Martin Fayulu renonce à son mandat de député», il «a écrit au bureau de l’Assemblée nationale qu’il ne siègera pas comme député de la ville de Kinshasa au sein de cette Assemblée», selon «l’un de ses principaux soutiens». Un autre de ses proches, le rappeur Alex Dende connu sous le nom de scène Lexxus Legal, a renchéri : «Quelqu’un a été élu président de la République, vous le voyez à l’Assemblée nationale ? C’est sa suppléante qui va siéger. Fayulu n’a jamais battu campagne pour être député. Il avait déposé sa candidature avant qu’il ne soit candidat commun de l’opposition. Madame Charlotte Masiala, sa suppléante, s’est démerdée elle-même, vers la fin de la campagne». Dans cette chronique, www.congo30juin.comfait la compilation des prises de position en interne et en externe favorables et défavorables à MaFa, ce du 24 février au 7 mars. EDIFIANT !

24 février 2019. Invité d’honneur aux «Grandes Conférences Catholiques» organisées dans les installations du Sénat belge sous le thème «Quel avenir pour le Congo ?», le cardinal Laurent Monsengwo fait exprès de changer le titre de son texte en «Quel avenir pour le Congo après la fraude électorale du 30 décembre 2018 ?».

Sa charge est directe, s’agissant des élections. «…les chiffres de la CENCO indiquent le score suivant : 62,11 % pour Martin Fayulu, 16,88 % pour Emmanuel Ramazani Shadary, et 16,93 % pour Félix Tshisekedi. Les appels à la vérité des urnes lancés par la CENCO et d’autres très nombreuses organisations tant nationales qu’internationales ne seront pas entendus par la cour constitutionnelle qui a statué sur les résultats définitifs, et a confirmé le verdict de la CENI déclarant la victoire de monsieur Félix Tshisekedi, jugeant les recours introduits par monsieur Martin Fayulu, recevables mais non fondés», dit-il.

Dans l’interview en version électronique africaine de «La Libre Belgique» publiée le 26 février 2019 sous le titre «Mgr Monsengwo : ‘Félix Tshisekedi aurait dû reconnaître sa claire et nette défaite», le prélat à la retraite poursuit sa charge : «Si on voulait mettre fin une fois pour toute au système de gouvernance de Kabila, Monsieur Félix Tshisekedi aurait simplement dû reconnaitre sa claire et nette défaite, ne pas se faire nommer, féliciter le vrai vainqueur et le régime de Kabila allait s’effondrer». 

De la «croisade pour la vérité des urnes» entreprise par le candidat de la coalition Lamuka d’abord à l’intérieur et désormais à l’extérieur du pays, il persiste et signe. «Martin Fayulu doit continuer à faire ce qu’il a fait jusqu’ici, soit le contraire de ce qu’on veut lui faire faire. Il doit s’efforcer de faire éclater la vérité des urnes. Son combat, c’est celui du peuple», dit-il !

            La conclusion de son intervention est, elle, surprenante : «Enfin, pour finir de répondre à la question de notre pays de ce jour, à savoir quel avenir le Congo aura-t-il après la fraude électorale du 30 décembre 2018, nous faisons confiance en notre peuple pour surprendre, car seul le peuple congolais doit être au centre des solutions qui permettront d’écrire son histoire d’un avenir meilleur, prospère et radieux». Un vrai appel au soulèvement populaire.

            Hasard du calendrier ou pas, cette prestation a eu lieu le 24 février 2019, date initialement prévue pour la tenue, en Europe, de la «Conférence des Leaders», organe de conception, d’orientation et de décision de la coalition Lamuka. La réunion a été reportée au 5 mars.

            Hasard du calendrier ou non, 72 heures plus tôt, précisément le 2 mars 2019, la Cenco publie sa déclaration intitulée «LA VERITE VOUS RENDRA LIBRES», en référence à Jean 8 :32, déclaration issue de sa session ordinaire organisée depuis le 27 février. La Cenco, «forte du travail fait avec professionnalisme et indépendance par sa mission d’observation électorale», y relève que «les résultats de l’élection présidentielle tels que publiés par la CENI ne correspondent pas aux données collectées par notre mission d’observation à partir des bureaux de vote et de dépouillement».

            Faisant le constat de l’investiture du Président Félix Tshisekedi à la présidence de la République du fait d’avoir été déclaré vainqueur, la Cenco invite, «Pour rassurer le Peuple (…)les nouveaux Gouvernants à rompre radicalement avec les antivaleurs des anciens régimes et à donner des assurances concrètes d’une meilleure gouvernance».

Aussi, fait-elle à ces Gouvernants des recommandations au plan politique, au plan sécuritaire, au plan des droits humains, au plan économique et au plan diplomatique. Et de conclure : «Dans notre mission d’accompagner le Peuple et les Institutions de la République, nous exhortons les nouveaux animateurs et toute la population à un sursaut éthique et patriotique, afin de rendre effective l’alternance démocratique».

Même si elle s’abstient de citer nommément Félix Tshisekedi (tout comme elle n’a pas cité Martin Fayulu), la Cenco reconnaît tout de même le pouvoir du Chef de l’Etat élu et investi.

En interne, en externe

            C’est ce que Mgr Fridolin Ambongo va annoncer le 7 mars en tant qu’Invité Afrique de Rfi. «Il est clair que monsieur Martin Fayulu avait obtenu beaucoup de pourcentages, au-delà de 60. Je crois que cela est un fait qui a été établi, même si la notion de vérité des urnes dérange certaines personnes. Mais la vérité est têtue», commence-t-il par rappeler. A la question cependant de savoir s’il donne une chance au Chef de l’Etat en fonction, il répond : «Tout à fait. Nous ne pouvons que l’encourager, nous ne pouvons que le soutenir, parce que l’intérêt supérieur du peuple veut qu’aujourd’hui nous puissions soutenir l’action du président Tshisekedi qui va dans la bonne direction».

            La veille, soit le 6 mars, lui aussi Invité Afrique de Rfi, Tibor Nagy, sous-secrétaire d’Etat américain en charge des Affaires étrangères, fixe l’opinion sur la position de Washington. «Un nouveau président, issu des rangs de l’opposition, a désormais l’occasion de faire avancer les choses. Au final, c’est le principal résultat de cette élection», déclare-t-il.

A la question suivante de savoir si dans le contexte actuel, Félix Tshisekedi a la marge de manœuvre suffisante pour mener des réformes promises, il répond : «Nous lui souhaitons la meilleure des chances. Il doit créer son propre espace politique. La situation politique est encore mouvante. Le parti de Kabila est une coalition de partis politiques. On peut s’attendre à ce que ces partis cherchent à nouer de nouvelles alliances pour obtenir des portefeuilles au Conseil des ministres. C’est pourquoi la politique est aussi mouvementée en ce moment».

            Sur Martin Fayulu, il se montre pragmatique. «L’essentiel, à mon avis, est de jouer un rôle positif, et pas un rôle négatif ou destructif, ce qui ferait reculer le Congo…»,  conseille-t-il.

            A propos justement de Martin Fayulu, il est intéressant de reprendre les propos de Peter Pham, envoyé spécial des Etats-Unis pour les Grands Lacs, à l’issue de sa rencontre avec Moïse Katumbi le 28 février alors que trois jours plus tôt, il venait d’être reçu en audience, à Kinshasa, par le Président Félix Tshisekedi. De ce dernier, il dit le 25 février 2019 : «Nous sommes encouragés par le nombre de mesures importantes que le Président Tshisekedi a déjà prises au cours de son premier mois de mandat pour lutter contre la corruption, accroître la transparence, promouvoir le principe d’obligation de rendre compte et améliorer le respect des droits de l’homme. Nous sommes impatients de coopérer avec une nouvelle équipe engagée à faire progresser ces valeurs communes».

Comme on peut bien s’en rendre compte, pendant qu’en interne, seulsle cardinal Laurent Monsengwo et Adolphe Muzito prennent visiblement fait et cause pour Martin Fayulu alors que la majorité des cadres du G7 et d’Ensemble se prononcent, eux, ouvertement pour Félix Tshisekedi, en externe, il se constate que l’ex-candidat Lamuka perd énormément de terrain : pays membres de la Sadc, de la Cirgl, de la Cééac, de l’Ua tout comme pays membres de l’Ue ainsi qu’Etats-Unis, Canada, Japon, Chine, Inde, Israël, Emirats arabes etc. soutiennent à très haute voix Fatshi…

Gros handicap : ne pas disposer d’une base véritable…

Naturellement, la question est de savoir ce que devient MaFa dans cette nouvelle configuration. 

Comme relevé ci-dessus, le recomptage des voix ou la reprise des élections étant utopique, le soutien de la «Conférence des Leaders» n’étant pas acquis, et dès lors qu’il renonce volontairement à son mandat de député national en faveur de sa suppléante, Fayulu doit bien admettre qu’il met en danger sa carrière puisque sa croisade finira bien par s’essouffler après son tour en Amérique. 

En réalité, jusqu’en2023, il se met personnellement hors-jeu dans l’ordre institutionnel pendant qu’il a pleinement conscience de ne pas avoir un parti politique ayant pignon sur rue.

Il est possible qu’il mise sur l’échec de la coalition ou de la cohabitation Fcc-Cash pour espérer retourner la situation en sa faveur. Mais cet échec pourrait ne pas se produire étant donné que les deux plateformes sont comme condamnées à collaborer et à consolider leur union. On imagine la suite si le bilan en 2023 se révèle globalement positif. Dans cette hypothèse, le deal pourrait se prolonger jusqu’en 2028

Par ailleurs, pour 2023 – quel que soit l’état du bilan du régime Fcc-Cach – le renouvellement de l’Accord de Genève en faveur de faveur de MaFa n’est nullement acquis. Bemba et Katumbi sont à l’affût. 

Aussi, l’évidence est qu’en hypothéquant sa carrière, l’ex-candidat Lamuka va se retrouver avec un gros handicap : ne pas disposer, en propre, d’une base qui soit réelle, solide et active… 

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.comFacebook : Omer Nsongo

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