Contrairement aux apparences, L’Occident finira par trouver son compte dans la coalition Fcc-Cach !

  • On peut tout dire, mais l’alternance dans la rupture, issue soit-elle des urnes, est une expérience que la RDCongo devrait nécessairement s’éviter. Les puissances occidentales en sont conscientes…

Encore une autre interview de Martin Fayulu. Recueillie par Hubert Leclercq du journal belge «La Libre» et publiée le 10 mars 2019, elle contient deux questions et deux réponses ayant inspiré cette chronique. Première question : “Vous avez dit que vous aviez été contacté par le clan Kabila après les élections, vous confirmez ?». Première réponse : «Après les élections, la responsable de la Monusco est venue me demander si cela me dérangerait de rencontrer Monsieur Kabila. Je lui ai répondu que ça ne me dérangeait pas s’il s’agissait de lui donner des garanties qu’il n’y aurait pas de chasse aux sorcières, lui confirmer que la Constitution et que la loi qui a été votée dernièrement sur le statut des anciens chefs de l’Etat seraient respectées à la lettre. Moi, je veux gérer ce pays pour le sortir du trou dans lequel Kabila l’a plongé. Je veux montrer au monde entier qu’on peut gérer le Congo et que ce pays avec toutes ses ressources naturelles et humaines peut être un des moteurs du continent africain et même du monde». Deuxième question : «Visiblement cette réponse n’a pas suffi au président Kabila ?». Deuxième réponse : «En tout cas, je ne l’ai pas vu. J’ai lu dans un magazine que je n’avais pas voulu le rencontrer, c’est entièrement faux. Je suis prêt à écouter tout le monde. Je sais comment construire un consensus, comment discuter avec les gens. Ce que nous voulons aujourd’hui, c’est l’unité et la cohésion nationale, ce sont les deux éléments essentiels».

En politique, comme dans tous les autres domaines de la vie, on doit toujours et absolument avoir deux fers au feu. Ou, pour faire moins belliqueux, un Plan Aet un Plan B. Le Plan B est mis en action lorsque le Plan A ne procure pas le résultat escompté. 

Ce n’est alors ni parce qu’il est militaire de formation ou parce devenu politique de profession – de surcroît chef d’une grosse famille politique – que Joseph Kabila s’est doté de ces deux plans qu’il est un homme exceptionnel. C’est plutôt parce qu’il s’est retrouvé face à des adversaires qui n’avaient visiblement qu’un seul fer au feu ou un seul Plan qu’il a abattu sa carte, prenant au dépourvu la plupart de ses détracteurs.

Tous les thinks tanks, toutes les ONG, tous les gouvernements des puissances mondiales ont vu cet homme, année après année, pour ne pas dire jour après jour, bâtir avec méthode et assiduité l’appareil d’Etat, c’est-à-dire la gouvernance institutionnelle que les 4 premières décennies postindépendance a entrepris de déstructurer. 

Pendant ces temps, ses adversaires en interne n’ont eu de cesser de miser sur la rue, alias «révolution» ou «soulèvement». Or «la rue ne gouverne pas», a toujours prévenu Alexis Thambwe Mwamba. Qu’on l’aime ou pas, ATM ne dit que vrai à ce sujet.

Dimension ethno-tribale avérée…

A propos justement d’Appareil d’Etatcomprenant, outre les Institutions de la République,  l’Administration publiqueconstituée, pour rappel de la Fonction publique, de la Territoriale, de la Diplomatie, de la Justice, de l’Armée, de la Police, des Renseignementset du Portefeuille– les accusations de sa privatisation portées contre Joseph Kabila au cours des «années électorales» n’ont aucun sens. Surtout  celles émanant des législateurs. A preuve, aux Etats-Unis, Donald Trump est en train de tordre le cou à la notion sacrée d’apolitismedes institutions comme la Cour suprême, l’Armée et les Services des renseignements américains sans que cela n’amène au fameux impeachment.

Le pragmatisme, pour tout parti ou toute coalition susceptible d’accéder à la succession par la voie des urnes, entendez l’alternance politique pacifique, consiste à prendre la mesure du rapport des forces.

Pays de civilisation judéo-chrétienne, la RDCongo n’a pas à se gêner de faire sienne la recommandation de Jésus-Christ en Luc 14 :31-32. «Ou quel roi, s’il va faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord pour examiner s’il peut, avec dix mille hommes, marcher à la rencontre de celui qui vient l’attaquer avec vingt mille ? S’il ne le peut, tandis que cet autre roi est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix».

C’est ici l’occasion de nous demander si Martin Fayulu – chrétien membre de l’Eglise Philadelphie – a pris conscience de cet impératif. Apparemment non ! Par contre, son frère de la même église, Félix Tshisekedi, y a cru.

A partir de cet instant, vient la réalité post-électoraleque le cartésianisme occidental a du mal à comprendre. Comment, en effet, une coalition (Fcc en l’occurrence) dont le candidat à la présidentielle a perdu l’élection (Emmanuel Ramazani Shadary), peut-elle avoir réalisé un raz-de-marée aux législatives, aux provinciales et maintenant aux sénatoriales, en attendant l’élection des gouverneurs et vice-gouverneurs des provinces ? 

Il n’y a pas mystère en ce que tout indique que Joseph Kabila, conscient des menaces internes et externes qui pesaient sur son dauphin (sanctions de l’Union européenne et des Etats-Unis), a fait montre de pragmatisme en mettant le paquet sur la députation nationale et la députation provinciale. Ces scrutins ont une dimension ethno-tribale avéréeen milieux péri-urbains et ruraux.

D’ailleurs, Martin Fayulu est mal placé pour contester cette évidence dès lors que ni son parti (Ecidé), ni son regroupement (Dynamique de l’Opposition) n’ont aligné un grand nombre de candidats à ces échéances. Il y a de quoi, au demeurant, s’interroger sur la capacité qu’il aurait eu à gouverner avec moins de cinq députés nationaux et provinciaux réunis !

En train de prendre progressivement ses marques

            Dans son Plan B, et au-delà des considérations électorales ou électoralistes, Joseph Kabila a trouvé en Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo un adversaire ayant non seulement pris conscience du rapport des forces, mais en plus saisi l’enjeu de toute alternance politique pacifique, apaisée, civilisée.  Président de l’Udps, candidat Cach à la présidentielle, Fatshi n’a pas voulu d’une alternance brutale, de type burkinabé ou tunisien, comme celle de 1965 avec l’avènement de Mobutu ou de 1997 avec l’avènement de Laurent-Désiré Kabila. Cette alternance a de négatif, au mieux, l’affaiblissement de l’Appareil d’Etat, au pire son écroulement. 

            Dans les deux cas, la conséquence est la remise en cause de tous les efforts déployés dans son  renforcement en termes des ressources humaines, matérielles et financières, réformes comprises. 

            Pour avoir, en plus, développé la thèse de la menace que représente la RDCongo pour ses voisins pour cause d’environnement électoral inflammable, l’alternance pacifique assumée par le Président sortant Joseph Kabila pour le compte du Fcc et le Président entrant Félix Tshisekedi pour le compte du Cach a l’avantage incommensurable de rassurer les uns et les autres. Le Directeur de cabinet Vital Kamerhe a entrepris par Kigali les contacts pour la restauration de la paix ; les prochaines étapes étant Bujumbura et Kampala/  

            Or, toute l’inquiétude de l’Occident par rapport au processus électoral portait sur l’attitude notamment de l’Armée (Fardc), la Police (Pnc) et la Sécurité (Anr). 

            Tout le monde l’aura constaté : au lendemain de son investiture, et aussitôt la remise et reprise effectuée, le nouveau Chef de l’Etat a eu son premier contact avec l’Appareil d’Etat en réunissant les responsables de ces structures. A ce jour, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo y exerce pleinement son autorité.

            Proclamé élu par la Ceni, confirmé comme tel et investi par la Cour constitutionnelle, reconnu Président de la République Démocratique du Congo par des Etats étrangers et des Institutions internationales, respecté par les institutions nationales en place et entretenant d’excellents rapports avec son prédécesseur Joseph Kabila, le Chef de l’Etat est en train de prendre progressivement ses marques.

            Ne pouvant que l’apprécier, l’Occident finira bien par trouver son compte dans la coalition Fcc-Cach !

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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