EDITORIAL. Lamuka à Bruxelles, encore chantage sur des investissements ?

La dernière sortie en date de la coalition Lamuka remonte au 12 novembre 2018, au lendemain de la rétractation des candidats Fatshi et Kamerhe qui avaient eu la lucidité de se libérer de l’Accord de Genève.

Depuis, la «Conférence des Leaders» – organe de conception, d’orientation et de décision de cette structure – ne s’est pas réunie alors que bien des événements se sont produits sur le terrain.

Toutes les sorties annoncées jusque-là ayant été renvoyées à une date ultérieure, la prochaine intervient – sauf imprévu – ces 21 et 22 mars à Bruxelles.

A en croire Freddy Matungulu s’exprimant le mercredi 20 mars 2019 sur Top Congo Fm, le but de la rencontre de Bruxelles est certes de faire l’évaluation du processus électoral et l’état des lieux de la situation générale au pays, mais surtout d’envisager la mutation de la coalition en force politique permanente.

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Jusque-là, deux leaders se sont formellement prononcés sur ce qui préoccupe aujourd’hui le Congolais ayant participé aux élections du 30 décembre 2018. Il s’agit, on s’en doute, des investissements générateurs d’emplois.

On se souviendra que le 2 février 2019, sur TV5, parlant de ce qu’il qualifie comme une crise post-électorale, Adolphe Muzito – lumumbiste de conviction, donc d’essence socialiste – va surprendre le monde avec la déclaration selon laquelle «Avec cette crise, nous savons que les investisseurs ne viendront pas, et cela nous mènera à une négociation pour lever cette crise de légitimité».

Plus tard, précisément dans une interview accordée au journal La Libre et diffusée le 10 mars 2019, Martin Fayulu va en faire autant en déclarant : «Il y a quelqu’un qui est là depuis plus d’un mois mais le pays n’avance pas. C’est un climat délétère. Aucun investisseur ni intérieur, ni extérieur ne peut investir aujourd’hui au Congo».

Ainsi, dans son entendement, aux lendemains de l’investiture du nouveau Président de la République, les investisseurs devraient se bousculer au portillon !

Ainsi, le leadership Lamuka est dans la logique de contrer tout investissement extérieur ou intérieur visant, pourtant, la paix sociale promise aux Congolais avant et pendant les élections.

Belle façon de punir le peuple congolais de n’avoir pas soutenu Fayulu dans sa croisade «vérité des urnes ».

Autant parler de chantage.

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Pourtant, ce genre de pression a fait énormément de mal au peuple au cours de ces 30 dernières années. Si, au demeurant, Adolphe Muzito s’attribue le mérite du parachèvement de l’Initiative PPTE en 2010 pendant qu’il est établi que ce processus avait été enclenché une décennie plus tôt, c’est parce que le Zaïre des années 1990-1997 et le Congo des années 1997-2006 avaient été mis sous embargo. D’où le désinvestissement intenseayant poussé les Congolais, à leur corps défendant, de s’ouvrant aux nouveaux partenaires comme la Chine, l’Inde, la Malaisie, la Corée du Sud etc.

D’ailleurs, en prévision des élections de 2006, les Européens avaient encouragé les Congolais à y participer massivement en contrepartie de la «ruée» des investissements.

Il s’était constaté que pour n’avoir pas tenu ses promesses, l’Union européenne avait vu ses «plates-bandes» conquises par des Asiatiques.

Aujourd’hui, avec l’harmonisation en cours des relations diplomatiques, l’Union européenne en particulier et l’Occident en général ont tout à gagner à ne pas suivre Lamuka dans sa nouvelle croisade anti-investissements, surtout après la position annoncée par Washington d’accompagner le nouveau pouvoir congolais dans l’œuvre de reconstruction nationale.

Pour rappel, au sortir de l’audience qui lui a été accordée par le Président Tshisekedi le 16 mars 2019, Tibor Nagy, sous-secrétaire d’Etat chargé des Questions africaines, a «souligné la volonté des Etats-Unis de travailler» avec le gouvernement congolais au moment où le Chef d’Etat «poursuit son engagement à faire progresser les valeurs démocratiques, à lutter contre la corruption, à respecter les droits de l’homme, à restaurer la sécurité et à promouvoir la prospérité».

Et d’ajouter : «Nous avons hâte de soutenir son programme économique pour accroître les investissements, l’emploi, la croissance et améliorer les liens commerciaux bilatéraux responsables entre les États-Unis et la RDC. Nous souhaitons voir plus d’entreprises américaines en RDC, mais pour ce faire, il doit y avoir des règles du jeu équitables et transparentes».

Avant lui, l’envoyé spécial des États-Unis pour les Grands Lacs et l’ambassadeur américain à Kinshasa ont abondé dans le même sens.

Face à cette unanimité, la coalition Lamuka prendrait-elle sur elle la responsabilité de poursuivre sa croisade contre les investissements extérieurs, occidentaux en tête, en terre congolaise ?

La génération des années 1990-2008 n’est pas celle de la décennie 2008-2018…

Elle pourrait ne pas apprécier toute initiative de nature à affecter sa foi dans tout processus électoral déclaré rendu par sa classe politique et sa société civile alliée !

Plus que Fayulu et Muzito, qui n’ont pas à proprement parler d’entrées en Occident, Katumbi, Bemba et Matungulu savent, eux, à quoi s’en tenir.

La roue de l’histoire tourne…

Omer Nsongo Die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

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