Au-delà du séjour de Fatshi aux USA, L’Eglise joue un jeu très dangereux !

  • Si nous devons être amenés à admettre que la question sécuritaire à l’Est du Congo est plus délicate pour l’Eglise congolaise que celle de la gouvernance institutionnelle du pays, alors il ne reste qu’à tirer la seule conséquence qui vaille la peine d’être retenue : la RDC n’a pas d’Eglise véritablement nationale. Sa laïcité déplaît probablement à certains princes, et non des moindres, hélas !

Coïncidence ou non, le Président Félix Tshisekedi a terminé son séjour aux États-Unis le 6 avril 2019, la veille de la commémoration du 25eme anniversaire du génocide Tutsi au Rwanda le 7 avril. Coïncidence ou pas, l’Eglise s’est retrouvée au cœur du débat autour du double événement, et encore du mauvais côté de l’Histoire. Il est établi qu’au nom de la « vérité des urnes » – sa vérité s’entend – l’archevêque de Kinshasa a cherché à torpiller la première sortie diplomatique du Chef de l’Etat en Occident, précisément aux États-Unis…

La veille du déplacement de Félix Tshisekedi à Washington, Mgr Fridolin Ambongo a quasiment enfoncé le clou planté par son prédécesseur Laurent Monsengwo au sujet de la victoire électorale du candidat Cach à la présidentielle. Il a, d’un côté, contesté cette victoire et, de l’autre, appelé le Président de la République à affaiblir son prédécesseur, c’est-à-dire à mettre quasiment à mal la coalition «Cach-Fcc» au profit de la coalition «Cach-Lamuka», liquidant de ce fait l’existence de l’Opposition en RDC jusqu’en 2023 !

Si la diplomatie américaine ne s’était pas sérieusement investie dans l’organisation du séjour de Fatshi aux Usa, on imagine le bide qui se serait produit à Washington, surtout quand on sait comment les Congolais se sont entre-déchirés autour de la parade protocolaire : tapis rouge, garde d’honneur, fanfare etc., banalisant l’essentiel obtenu en promesses d’investissements.

Dieu merci, lors de sa conférence de presse clôturant son séjour, le Chef de l’Etat a rétabli la vérité des faits en déclarant clairement : «Je ne suis pas venu pour rencontrer spécialement Trump. Toutes les personnalités que j’ai rencontrées vont converger vers lui».

Félix Tshisekedi n’a jamais été dans leur agenda

Apparemment, certains princes d’Eglise semblent ne tirer aucune leçon de l’histoire même récente de leur pays. 

On sait, par exemple, qu’ils ont joué un rôle prépondérant dans l’avènement d’abord de la guerre du 17 mai 1997 et de celle du 2 août 1998, simplement pour avoir contribué à la diabolisation des acteurs politiques de la Transition 1990-1997 et de la Transition 1997-2001. Ils ont divisé leurs propres ouailles avec des saints qui viennent et des démons qui partent.

Au cours des 19 années Joseph Kabila, ils se sont intensément investis dans cette opération. Et voilà qu’aux cours des 60 des 100 premiers jours des années Félix Tshisekedi, ils se livrent ouvertement au même exercice.

Au fait, la constante à retenir est que tant que leur « filleul » n’aura pas accédé à la magistrature suprême, ils continueront à déstabiliser le (s) régime (s) en place au pays, quitte aux populations d’en faire les frais.

De 2006 à 2018, ils ont misé successivement sur Jean-Pierre Bemba, Etienne Tshisekedi, Moise Katumbi, encore Jean-Pierre Bemba et finalement Martin Fayulu. A un moment, ils ont même avancé la carte Léon Kengo et Denis Mukwege pour une Transition sans Kabila.

Preuve, si besoin est, que Félix Tshisekedi n’a jamais été dans leur agenda, du moins pour le poste de Président de la République.

Le Kivu en dé-construction face à un Rwanda en re-construction

Le paradoxe est que ces mêmes princes d’Eglise – entregents lorsqu’il est question de convaincre les puissances étrangères de la capacité à influer sur la marche de la RDC – se révèlent incapables de convaincre les mêmes puissances à ramener la paix, par exemple, à l’Est du pays, cette partie de la sous-région des Grands Lacs en proie à l’intrusion des organisations islamistes.

Kabila l’avait déclaré, on ne l’avait pas cru parce que sa tête avait déjà été mise à prix. Maintenant que Tshisekedi vient de le dire, prions le Dieu Vrai pour ne pas le voir subir le même sort.

C’est ici que le leadership kivutien est particulièrement interpellé. Peu importe qu’il soit politique ou militaire, économique ou culturel, pro ou anti-démocrate…

Depuis une trentaine d’années, le Kivu est en proie à l’insécurité entretenue par des groupes armés étrangers (burundais, rwandais, ougandais et soudanais) et nationaux (dont ce qui est devenu la nébuleuse Mai-Mai). 

Ni les Fardc, ni la Monusco ne parviennent à venir à bout de ces groupes. D’ailleurs, l’appel à recrutement des jeunes kivutiens lancé par le Haut commandement de l’armée n’a pas été encouragé par les leaders originaires de cette contrée.

Ainsi, chaque année, les terres extrêmement riches du Kivu se vident de leurs ressources humaines. Quand celles-ci ne quittent pas les belles et verdoyantes collines et les vallées de cette partie du pays pour s’installer notamment à Kinshasa ou s’exiler, elles sont tuées, mutilées, violées, donnant du Kivutien l’image d’un être violent, inhumain, intolérant.

Avec la déscolarisation en cours résultant de l’insécurité, c’est la jeunesse kivutienne qui se prive d’avenir. Ne parlons même pas de la fille du Kivu, de la charmante fille du Kivu, en voie de passer pour une traumatisée des violences sexuelles. Celles pour qui la RDC a obtenu son premier Prix Nobel de la Paix en la personne du Dr Denis Mukwege.

Bref, le Kivu est aujourd’hui en dé-construction lente mais sûre. Il devient le “No Etat” mûr pour le découpage et le rattachement à des États voisins. Ce No Etat qu’était le Zaïre des années 1996.

Or, que sommes nous tous en train d’observer en face ? Un Rwanda en re-construction à une cadence époustouflante, un Rwanda symbole de réussite managériale malgré la pauvreté en ressources naturelles. Un Rwanda donnant des “idées” aux re-faiseurs du monde.

C’est là tout le problème pour l’Eglise dans notre pays

Ceux qui ont suivi ce dimanche 7 avril 2019 l’émission spéciale consacrée par France 24 au «GENOCIDE TUTSI DU RWANDA» ont entendu deux communicateurs de renom français mettre l’accent sur la responsabilité de l’Eglise dans la perpétration du crime : Gauthier Ribinsky et Jean Hatzfeld.

Le premier – réagissant au message du Premier ministre belge Charles Michel – a trouvé dans la ségrégation raciale prônée par la Belgique avec le concours, hélas !, de l’Eglise l’une des causes premières du génocide.

Effectivement, sous la colonisation, cette ségrégation consistait à présenter le Tusti en être humain supérieur par rapport au Hutu présenté à en être humain inférieur. Notons en passant que le Hutu fait partie du peuple Bantu vivant dans une bonne partie du Kivu.

Ainsi, toutes les guerres civiles que le Rwanda a connues pendant et après la colonisation ont pour origine cette semence du mal.

Le second communicateur français a relevé et stigmatisé le silence de l’Eglise rwandaise aux premiers jours de la guerre civile qui se muera peu de temps après en génocide.

Oui, les princes de l’Eglise rwandaise ont vu se perpétrer les premiers assassinats ciblés, mais ils se sont tus.

Coïncidence ou non, la veille de la commémoration du drame rwandais, il s’est produit un autre événement en Belgique : les excuses du Premier ministre Charles Michel aux femmes africaines, mères des enfants métis nés des Belges, excuses présentées également à cette progéniture.

Même dans ce cas, on découvre l’implication des princes de l’Eglise dans cette autre ségrégation !

Autant dire des moments de remémoration durs pour l’Eglise en droit certes de se vanter de son système éducatif et sanitaire, mais aussi qui gagnerait mieux à faire son mea culpa et à cesser d’apparaître en “gendarme” des puissances étrangères. 

Car c’est là tout le problème pour l’Eglise dans notre pays.

Pour revenir au Congo, par quoi peut-on expliquer, par exemple, la contradiction consistant, d’un côté, à avoir une voix très écoutée à New York (Onu), à Washington (États-Unis) et à Bruxelles (capitale de Belgique et siège de l’Union européenne) lorsqu’il s’agit de faire pression sur les le régime congolais (avant-hier Kasa-Vubu et Mobutu, hier L. Kabila et J. Kabila, aujourd’hui F. Tshisekedi), mais, de l’autre côté, à perdre la même voix lorsqu’il s’agit de faire pression sur la communauté internationale pour en finir définitivement avec l’insécurité à l’Est, précisément au Kivu frontalier du Burundi, du Rwanda et de l’Ouganda !

Après tout, il se dit : “Qui peut le plus, peut le moins».

Comme relevé ci-dessus, si nous devons être amenés à admettre que la question sécuritaire à l’Est du Congo est plus délicate pour l’Eglise congolaise que celle de la gouvernance institutionnelle du pays, alors il ne reste qu’à tirer la seule conséquence qui vaille la peine d’être retenue : la RDC n’a pas d’Eglise véritablement nationale.

Sa laïcité déplaît probablement à certains princes, et non des moindres, hélas !

Omer Nsongo Die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

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