EDITORIAL. Dividendes diplomatiques de Fatshi à capitaliser…

Félix Tshisekedi est rentré à Kinshasa la nuit du 7 au 8 avril 2019 après une double sortie diplomatique l’ayant conduit d’abord à Dakar pour assister le mardi 2 avril à l’investiture de son homologue sénégalais Macky Sall, ensuite à Washington le mercredi 3 avril pour une visite de travail.

Dans la capitale des États-Unis, il a échangé avec les milieux politiques, les milieux sécuritaires, les milieux financiers et les milieux économiques dans le cadre de la diplomatie, de la coopération et, bien entendu, des affaires.

S’agissant de la rencontre avec son homologue américain, il a déclaré, au cours de la conférence de presse de clôture de la visite : “Je ne suis pas venu rencontrer spécialement Trump. Toutes les personnalités que j’ai rencontrées vont converger vers lui”.

C’est à cette occasion qu’il a précisé l’objet de sa visite. “J’étais venu pour renforcer les relations entre nos deux pays qui étaient un peu refroidies ces derniers temps. Je suis heureux de les voir réchauffées et, par la même occasion, d’avoir déclenché beaucoup de choses qui seront bénéfiques à mon pays, non seulement par rapport aux États-Unis, mais aussi par rapport à la communauté internationale”, a-t-il dit.

Normal : dans son communiqué du 27 mars 2019 annonçant cette visite, l’ambassade des États-Unis à Kinshasa l’a bien indiqué : la décision du Président Tshisekedi “de faire de Washington sa première étape (ndlr en dehors d’Afrique) reflète notre engagement commun envers un Congo plus paisible et plus prospère”.

La question de fond est alors de savoir si ce déplacement était utile pendant que le Gouvernement – l’autre composante de l’Exécutif national – n’est pas encore en place.

Réponse : SI!

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En effet, en prenant ses fonctions lors de son investiture le 24 janvier 2019 et de la remise et reprise intervenue le lendemain, le Président Félix Tshisekedi a entamé son mandat quinquennal; il a actionné le compte à rebours. Ainsi, les réunions avec les institutions publiques et les décisions qui en découlent font partie des actes du mandat. Les nominations opérées font partie des actes du mandat. Le programme urgent des 100 jours fait partie des actes du mandat. Les visites effectuées à l’étranger – dont la dernière en date à Washington – font partie des actes du mandat. Les critiques enregistrées font, elles aussi, partie des actes du mandat.

La question du Gouvernement, autant le préciser d’emblée, relève moins des prérogatives du Président de la République que des dispositions de la Constitution.

D’ailleurs, celle-ci finira bien, tôt ou tard, par subir l’épreuve de sa révision quand on réalise l’incompatibilité consistant, d’un côté, à imposer au candidat à la présidentielle le “parcours du combattant” au travers d’une campagne électorale éprouvante et onéreuse visant à solliciter le suffrage universel dans tous les coins et recoins du pays, en empruntant en plus tous les moyens de locomotion (pied, auto, moto, bateau, train, avion…) et, de l’autre côté, à voir un Premier ministre et son Gouvernement (issus de la majorité parlementaire) conduire la politique de la Nation ! Parfois même un Premier ministre bombardé chef du Gouvernement sans détenir le moindre mandat électif !

Ce qui n’est pas un problème pour un Président de la République ÉLU disposant de la Majorité à l’Assemblée nationale le devient dans le contexte contraire. Comme c’est le cas aujourd’hui.

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Aussi, pendant qu’on se tiraille autour des questions “gérables” en aparté et non en public, on devrait plutôt appréhender l’existence du vrai danger dans ce que nous sommes malheureusement en train de banaliser. En l’espèce, la gestion de l’Exécutif national en période de coalition ou de cohabitation.

Par ailleurs, l’expérience des crises politiques depuis 1960 le prouve amplement : l’extérieur, pour ne pas dire l’étranger, ne s’ingère sérieusement dans les questions intérieures que lorsque le leadership national se révèle incapable de gérer en interne une situation donnée. La crise politique finit par devenir une crise diplomatique avec impact négatif sur l’économie (en raison du caractère extraverti de celle-ci au Congo) et, tout naturellement, le social.

En se rendant en Angola, au Kenya, au Congo-Brazzaville, en Éthiopie (Addis-Abeba), en Namibie, encore au Kenya, en Ouganda, au Rwanda, au Sénégal et aux États-Unis, le Président Félix Tshisekedi est en campagne de normalisation des relations diplomatiques avec des Etats où celles-ci se sont refroidies et de consolidation desdites relations avec des États où elles sont plutôt restées bonnes.

Soyons tous conscients du fait qu’aucun pays au monde n’assume son leadership en se refermant sur lui-même, du moins pour ceux qui en ont la vocation.

De la Chine aux États-Unis en passant par l’Allemagne et la Russie (juste à titre illustratif), chacun de ces États développe une diplomatie de présence dans toutes les tribunes où se joue le sort du monde (Onu et son système, Union européenne, Union africaine, Washington, Londres, Paris, Bruxelles, Davos…)

Disposer d’immenses ressources naturelles comme cela est le cas du Congo ne suffit pas pour assurer un leadership. Faut-il encore avoir la capacité d’en garantir l’utilité. D’où la valorisation du rendez-vous du donner et du recevoir.

Que doit donner le Congo à chacun des pays dont, par exemple, il abrite une ambassade ? Et que doit recevoir en retour le Congo de chacun des pays où il a une ambassade ? Voilà les questions indiquées pour réponses appropriées.

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Sachons en plus que tout ne se détermine pas uniquement en termes d’échanges économiques. Un “petit” pays peut vous faire bénéficier de son lobbying dans les relations avec les puissants du monde.

Les Congolais se doivent, dans cette logique, de rentabiliser les dividendes diplomatiques des tournées en cours du Président Félix Tshisekedi entreprises dans les “petits” comme dans les “grands pays”.

A ceux qui y trouvent matière à critique, il est bon de rappeler qu’à l’annonce de la construction du barrage d’Inga, du stade des Martyrs et du Palais du Peuple sous Mobutu !entre 1965 et 1990, certains citoyens zaïrois avaient râlé. À l’annonce et à l’exécution du contrat chinois sous Kabila entre 2001 et 2018, certains patriotes congolais ont boudé. Aujourd’hui, certains Congolais se mettent déjà à fulminer de colère rien que du fait d’entendre des promesses des investisseurs américains récoltées pendant les 100 premiers jours de Tshisekedi.

Pourtant, autant ceux entrepris sous Mobutu que sous Kabila contribuent un tant soit peu à l’amélioration des conditions économiques et sociales du pays, autant en sera-t-il de même des investissements escomptés des visites de Fatshi à l’étranger une fois réalisés.

Moralité : arrêtons de nous étriper même pour des «humeurs” et des “rumeurs”, voire des egos, pendant que les véritables enjeux nous interpellent sur d’autres terrains… À commencer par ceux de la gestion des Institutions issues directement ou indirectement des élections du 30 décembre 2018.

Sachons raison garder…

Le moyen indiqué de le faire est le rapprochement avant toute réaction publique ! Le rapprochement permet d’ailleurs d’étouffer la récupération politicienne !

Omer Nsongo Die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

http://www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

PROCHAINEMENT

Premier ministre avec ou sans “problèmes” diplomatiques ?

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